Génocide arménien: débat dans une Assemblée nationale en proie aux manifestants

© 2011 AFP

— 

Le débat sur la proposition de pénalisation de la contestation de tout génocide, dont celui perpétré contre les Arméniens en 1915, a démarré mardi matin dans une Assemblée nationale, en quasi état de siège.
Le débat sur la proposition de pénalisation de la contestation de tout génocide, dont celui perpétré contre les Arméniens en 1915, a démarré mardi matin dans une Assemblée nationale, en quasi état de siège. — Fred Dufour afp.com

Le débat sur la proposition de pénalisation de la contestation de tout génocide, dont celui perpétré contre les Arméniens en 1915, a lieu ce jeudi dans une Assemblée nationale en quasi état de siège.

Plus d'un millier de personnes manifestaient déjà, plus d'une heure avant le début de la discussion, à proximité de l'Assemblée nationale, ceinturée par de nombreux cordons de police qui en bloquaient les accès. Elles étaient environ 3.000 à 8h00.

Les manifestants, venus en bus de plusieurs villes de France dans la nuit et dont les tracts étaient signés du Comité de coordination des associations franco-turques de France, brandissaient des drapeaux français et turcs et des pancartes disant "l'histoire ne doit pas servir la politique", "la pêche aux voix ne doit pas se faire sur l'histoire d'un pays".

Dans les tribunes de l'hémicycle, sous haute surveillance, avait pris notamment place l'ambassadeur arménien à Paris.

La proposition de loi, présentée par Valérie Boyer, députée UMP de Marseille où vit une forte communauté arménienne, vise à "réprimer la contestation ou la minimisation grossière" de tout génocide, dont le génocide contre les Arméniens dans l'Empire ottoman.

Le texte prévoit un an de prison et 45.000 euros d'amende en cas de négation d'un génocide reconnu par la loi.

Cette initiative a déchaîné la fureur des autorités turques qui ont menacé la France de multiples représailles, diplomatiques avec le rappel de son ambassadeur, et économiques, avec le gel de plusieurs importants contrats.

Le gouvernement français a tenté, jeudi matin encore, de calmer le jeu.

Le ministre des Affaires européennes, Jean Leonetti, a demandé sur France Inter un "dialogue beaucoup plus apaisé" avec Ankara, considérant que les représailles brandies par la Turquie étaient "des menaces en l'air".

Patrick Ollier, ministre des relations avec le Parlement, a voulu, dès l'ouverture du débat, minimiser la portée du texte. "Il ne s'agit pas d'un texte de loi mémorielle, il s'agit d'un texte de coordination juridique qui tire les conséquences d'un vide dans notre droit", a-t-il dit, faisant valoir que "douze pays de l'UE avaient déjà adopté des dispositifs" analogues de pénalisation du négationnisme.

Le ministre a ajouté qu'il "s'en remettrait à la sagesse de l'Assemblée" sur le vote, c'est-à-dire qu'il s'en remettra au vote des députés.

Tous les groupes politiques présents à l'Assemblée ayant donné leur aval à la proposition, celle-ci devait donc, en toute logique, être votée à l'issue de la séance de jeudi matin.

Au cours du débat, des députés UMP en désaccord avec cette position, comme Lionel Tardy, devaient demander la suppression du principal article du texte demandant la répression de la contestation des génocides reconnus par la loi. En écho avec d'autres députés UMP, de la Droite populaire ceux-là, il entendait s'exprimer ainsi au nom de la "liberté d'expression".

Il souligne aussi que cette proposition va à l'encontre des conclusions d'une mission d'information parlementaire sur les questions mémorielles qui avait très clairement conclu au caractère néfaste de telles lois.

Le député socialiste Dominique Raimbourg devait, en revanche, présenter des amendements explicitant davantage la mention au génocide arménien de 1915.