Génocide arménien: «Je suis choquée par l’ingérence turque dans les affaires françaises»

INTERVIEW Valérie Boyer, la députée UMP de Marseille à l'origine de la proposition de loi pénalisant la négation du génocide arménien, s'explique sur «20Minutes»...

Propos recueillis par Maud Pierron

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Valérie Boyer à l'Assemblée nationale le 15 avril 2008.
Valérie Boyer à l'Assemblée nationale le 15 avril 2008. — F. GUILLOT/ AFP

Pourquoi avoir décidé de déposer cette proposition de loi?
C’est la suite d’un long processus législatif entamé en 2001, avec la reconnaissance par le Parlement du génocide arménien en Turquie en 1915. Il y a deux génocides reconnus par la loi en France, la Shoah et le génocide arménien. La seule différence entre les deux, jusque-là, c’est que seule la négation de la Shoah était condamnée. Cette proposition de loi, si elle est adoptée, va donner du sens et de la cohérence au niveau législatif à la loi mémorielle de 2001.

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Pourquoi la déposer maintenant?
Depuis 2001, il y a eu plusieurs tentatives pour pénaliser la négation du génocide arménien, mais elles ont échoué. La dernière fois, c’était en mai dernier, avec le rejet d’un texte au Sénat pour une raison technique. Alors j’ai réfléchi à la manière d’y parvenir et je me suis appuyée sur une directive européenne  qui oblige les Etats à reconnaître un certain nombre de choses. Cette proposition de loi n’est qu’une transposition d’une directive communautaire. Je rappelle que plusieurs pays, dont la Russie, l’Argentine, le Canada, la Suède, la Suisse et la Slovaquie, ont des textes reconnaissant le génocide arménien et que la Suisse et la Slovaquie ont un dispositif pénalisant la négation du génocide.

Pour la Turquie, c’est une initiative à visée électoraliste pour s’assurer le vote de la communauté arménienne…
La Turquie n’est même pas citée dans le texte de loi (mais dans l’exposé des motifs, oui, ndlr). Je dis aux Turcs que vouloir gagner des élections n’est pas un péché. C’était une promesse du candidat Sarkozy en 2007. Les grands partis comme l’UMP et le PS soutiennent cette proposition de loi. Si la présidentielle met de l’humanité et de l’unanimité dans la vie politique française, tant mieux, vive la période électorale! En France, nous avons eu l’honneur d’accueillir des survivants de ce génocide, des survivants qui sont offensés par des profanations de stèles, des manifestations contestant le génocide. On ne peut pas rajouter l’oubli à l’horreur du massacre. Je suis extrêmement choquée par l’ingérence turque dans les affaires françaises. La France ne fait que transposer une directive communautaire et je trouve la position turque paradoxale à l’heure où le pays tape à la porte de l’Union européenne.

Ankara menace de représailles économiques, diplomatiques et culturelles…
C’était pareil en 2001, et c’est passé. La Turquie a des relations avec d’autres pays qui reconnaissent et/ou pénalisent le génocide arménien. Mais l’attitude très agressive des Turcs montre la nécessité absolue de légiférer sur la question. Si on avait besoin d’une preuve, la Turquie nous la donne. Politiquement, ce n'est plus possible de reculer sur cette question. L'agressivité et la diplomatie de la menace créent de l’unité nationale. Par ailleurs, en matière économique, la Turquie est tenue par des traités internationaux, notamment à l’OMC.