Droit de vote des étrangers: Débat à distance entre gauche et extrême droite au Sénat

REPORTAGE Une confrontation d'idées plus que physique a eu lieu ce jeudi...

Corentin Chauvel

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Des militants du Front national (à gauche) et de SOS Racisme (à droite) lors de rassemblements devant le Sénat, le 8 décembre 2011, à Paris.
Des militants du Front national (à gauche) et de SOS Racisme (à droite) lors de rassemblements devant le Sénat, le 8 décembre 2011, à Paris. — A.GELEBART / 20 MINUTES

Le Sénat pour point de rassemblement commun, un horaire quasiment similaire, l’extrême droite et la gauche (Front de Gauche, Europe Ecologie-Les Verts et différents collectifs) ont donné de la voix ce jeudi midi afin d’apporter leur avis radicalement différent sur le droit de vote des étrangers extracommunautaires, débattu au palais du Luxembourg le soir-même.

La préfecture de police avait tout de même pris soin d’éloigner les deux camps, et ce sont les militants du Front national (FN) qui ont eu la meilleure place, juste en face de l’entrée du Sénat. En attendant Marine Le Pen, un écran diffuse des slogans («Soutenez la Révolution Bleu Marine», «Marine Le Pen est la seule à défendre la France») pour faire patienter les quelques dizaines de militants.

«La seule à être toujours contre, c’est Marine Le Pen»

L’un d’entre eux explique «qu’il faut montrer aux Français qu’on est là», inquiet de «la souveraineté qui disparaît». Un autre souligne «l’importance» du rassemblement symbolique, parce que, même si aucun élu FN ne siège au Parlement, «le découragement n’a pas sa place». La gauche, à l’origine de la proposition de loi, en prend finalement moins pour son grade que la majorité présidentielle, qui s’est déjà prononcée en sa faveur auparavant, ce qui fait d’ailleurs tiquer dans les deux camps.

«La seule à être toujours contre, c’est Marine Le Pen», assure l’un de ses soutiens alors que celle-ci finit par arriver sous les cris de «Marine présidente». Dans son discours public, la présidente du FN avance ses quatre arguments «pour dénoncer cette imposture»: seuls les Français doivent pouvoir voter, «la gauche cherche à se constituer un nouveau socle électoral», «les fondamentalistes islamiques se précipiteraient sur cette opportunité» et «Nicolas Sarkozy, véritable girouette électorale, peut encore changer d’avis».

«Le mouvement social doit soutenir le mouvement politique»

Marine Le Pen, «la plus couillue des candidats» face au «proxénète» Sarkozy, selon des militants, se retire ensuite après que la Marseillaise a été entonnée. «Bon ben voilà, j’espère que la prochaine fois, on sera dix fois plus nombreux», conclut une vieille dame. Pourtant, les militants du Front de Gauche, d’EELV et de plusieurs associations (SOS Racisme, Votation citoyenne, Unef, etc.), ne sont pas beaucoup plus, à quelques encablures de là, devant les grilles du jardin du Luxembourg.

Même si le vote positif des sénateurs en faveur du droit de vote des étrangers est acquis, les militants se défendent de vouloir assurer une contre-manifestation face à celle «des fascistes». «C’est toujours important que le peuple montre qu’il est présent, cela ne passe pas que par le vote», explique Aigline. «Le mouvement social doit soutenir le mouvement politique», ajoute la jeune militante du Front de Gauche.

«Un grand temps d’émotion, de plaisir, d’enthousiasme»

EELV est également bien représenté, avec la venue de Dominique Voynet et d’Eva Joly. La maire de Montreuil (Seine-Saint-Denis), qui évoque une cause «saine et juste», estime que la France «a vraiment intérêt à s’enrichir de l’apport» des étrangers, dont «beaucoup sont des militants» sur le terrain local. Pour la candidate à la présidentielle, il s’agit d’une «question de dignité» parce que c’est «reconnaître ce qu’est la France aujourd’hui». «Les étrangers font partie de notre communauté de vie, ce sont des citoyens qui participent», souligne Eva Joly, dont les plus fidèles soutiens portent des petites lunettes rouges en papier.

Du côté des sénateurs venus saluer le mouvement avant d’aller voter, c’est l’émotion qui s’impose. «Aujourd’hui, nous allons réparer cette injustice, des étrangers qui vivent, travaillent et payent leurs impôts ici doivent pouvoir voter pour ceux qui les représentent à la ville», déclare la sénatrice communiste Nicole Borvo, «émue et fière». Pour son homologue EELV Jean-Vincent Placé, ce débat est «un grand temps d’émotion, de plaisir, d’enthousiasme» et est symbolique de «la France qui accueille et de son ouverture sur le monde». Il risque surtout de refaire parler de lui encore longtemps.