Rapport de Renaissance numérique: «Pour beaucoup de députés, le numérique est une crainte parce qu'ils n'y ont pas été sensibilisés et formés»

INTERVIEW Loïc Bodin, délégué général du think-tank Renaissance numérique, explique à «20 Minutes» les principaux enseignements à retenir de l'opération de sensibilisation effectuée auprès des députés...

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

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Le site de l'Assemblée Nationale sur une tablette iPad.
Le site de l'Assemblée Nationale sur une tablette iPad. — 20minutes.fr

Le think-tank Renaissance numérique remet ce jeudi après-midi à Bernard Accoyer son rapport sur la sensibilisation des députés au monde numérique. Les acteur du numérique membres du réseau «Social NeXtwork» (startupers, entrepreneurs, enseignants chercheurs, bloggeurs, consultants,…) ont sollicité le député de leur circonscription pour un entretien le 2 décembre dernier. Objectif: leur faire prendre conscience des enjeux nouveaux liés au développement du numérique en France. Loïc Bodin, délégué général de Renaissance numérique, indique à 20 Minutes les principaux enseignements à retenir de cette opération.

Quel bilan faites-vous de cette opération?

Nous sommes plutôt satisfaits, voire très satisfaits. Une cinquantaine de rendez-vous a eu lieu un peu partout en France. Certains parlementaires ont refusé les demandes de rendez-vous de nos référents, mais c’était principalement du fait de conflits d’agenda – nous souhaitions que tous les entretiens aient lieu le 2 décembre. Dans l’ensemble, les députés sont conscients que le numérique - avec les réseaux sociaux, les blogs - change la donne des futures campagnes électorales et peut aussi faciliter leur travail auprès de leurs électeurs lors de leur mandat. Mais nous avons constaté qu’il y a beaucoup de retard. On a du boulot.

Sur quelles problématiques en particulier?

Nous nous sommes par exemple rendus compte que certains aspects du monde numérique étaient totalement méconnus des députés. Ainsi, lorsqu’on leur a expliqué que l’économie du numérique représentait un million d’emploi et 25% de la croissance française, ils sont littéralement tombés de leur chaise! Avec cette opération, les députés ont véritablement découvert que le numérique est un outil qui peut leur permettre d’aborder des problématiques essentielles pour eux, comme le désenclavement des territoires ou encore le dynamisme économique et social de leur circonscription.

Comment expliquez-vous ce «retard»?

Il y a bien sûr un écart générationnel, certains des députés que nous avons rencontrés nous l’ont dit. Mais, au-delà de ça, nous avons constaté que, pour beaucoup, le Net représente une crainte, parce que c’est un secteur nouveau, qu’ils ont du mal à appréhender car ils n’y ont pas été sensibilisés et n’ont pas été formés aux outils numériques. Presque tous nous ont dit qu’ils étaient contents car c’était la première fois que des acteurs venus du terrain prenaient le temps de leur faire découvrir le monde numérique et de discuter de ces sujets avec eux.

Comment rattraper ce «retard» selon vous?

Nous préconisons de continuer ce type d’opération de sensibilisation. Nous allons effectuer en 2012 la même démarche auprès des sénateurs, et nous la réitèrerons auprès de la nouvelle Assemblée après les élections législatives. Nous allons aussi effectuer une veille des programmes des candidats aux législatives sur la dimension numérique.

Il nous est également apparu qu’il est nécessaire de faire découvrir aux parlementaires sur le terrain ce qu’est une start-up -beaucoup ne savent pas ce que c’est en réalité - ou les inviter à rencontrer un bloggeur, à aller visiter une PME ou une TPE qui vend à l’étranger via Internet par exemple. Pour eux, le numérique n’est qu’une question d’infrastructure et de réseaux. Il faut qu’ils voient que le numérique peut aussi créer des contenus et des services.