"Le Diable de la République": 40 ans de Front national sur France 3

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Du groupuscule au second tour de la présidentielle, un documentaire diffusé mercredi soir (20h35) sur France 3 revient sur l'histoire mouvementée et souvent rocambolesque du Front national, en s'appuyant sur de nombreux témoignages.
Du groupuscule au second tour de la présidentielle, un documentaire diffusé mercredi soir (20h35) sur France 3 revient sur l'histoire mouvementée et souvent rocambolesque du Front national, en s'appuyant sur de nombreux témoignages. — Valery Hache afp.com

Du groupuscule au second tour de la présidentielle, un documentaire diffusé mercredi soir (20h35) sur France 3 revient sur l'histoire mouvementée et souvent rocambolesque du Front national, en s'appuyant sur de nombreux témoignages.

L'un des intérêts du "Diable de la République", écrit et réalisé par Jean-Charles Deniau, Emmanuel Blanchard et Grégoire Kaufmann, est de raconter la naissance du parti et le rôle joué par Jean-Marie Le Pen pour s'imposer. Nous sommes en 1972, et le groupuscule violent et néo-fasciste Ordre nouveau cherche une vitrine politique présentable. Il va la trouver dans la fondation du Front national et une tête d'affiche, l'ancien député poujadiste Jean-Marie Le Pen.

Mais pour les cadres d'Ordre nouveau, ce dernier "doit rester un homme de paille". Grave erreur, car le tribun, déjà redoutable sur les estrades, se rend incontournable. Il finit par mettre la main sur le parti, un patchwork qui réunit plusieurs personnages sulfureux, comme le doriotiste Victor Barthélémy, engagé du côté nazi pendant la guerre.

Tout au long du documentaire, l'intensité dramatique se nourrit des faits eux-mêmes: de l'héritage contesté d'Hubert Lambert, qui fera de Jean-Marie Le Pen un homme riche, aux attentats jamais élucidés contre son domicile ou contre son lieutenant, le révisionniste François Duprat, les mystères ne manquent pas.

Sans oublier le contexte de crise qui s'installe en France, le film raconte les "coups de pouce" de François Mitterrand au FN, alors que Jean-Marie Le Pen joue encore un rôle marginal au début des années 1980. Il y a d'abord l'intervention du chef de l'Etat pour que le tribun soit invité à la télévision, puis l'instauration de la proportionnelle, qui permet, en 1986, au FN d'entrer à l'Assemblée nationale (35 députés).

"Souci d'équité ou stratégie politique", ce coup de main aura en tout cas pour effet de mettre en difficulté la droite classique.

Mais ce potentiel, et la perspective d'imposer une alliance avec la droite au plus haut niveau -- ce fut le cas localement à Dreux, en 1983 --, Jean-Marie Le Pen les gâchera à coups d'outrances et de provocations, veut démontrer le film à partir des témoignages recueillis.

Un "menhir"? Plutôt "un athée du pouvoir", assure l'éditorialiste Alain Duhamel. Du coup, le leadership est contesté par Bruno Mégret, technocrate soucieux, déjà, de "dédiaboliser" le mouvement pour accéder au pouvoir.

Après la scission mégrétiste, la suite est connue. En 2002, le parti d'extrême droite accède au second tour de la présidentielle mais reste impuissant face aux millions de Français descendus dans la rue pour dénoncer le "racisme" et la "xénophobie".

Pour Le Pen, c'est "un moment de gloire et de marginalité", résume l'ancien leader de SOS-Racisme, Malek Boutih.

Le film, dont la durée (90 minutes) ne permet pas l'exhaustivité, s'ouvre sur l'avenir et la nouvelle égérie du FN, Marine Le Pen. Avec cette conclusion de son père, tout sourire: "la fille du diable peut être séduisante..."