Dépenses en communication du gouvernement: Les agences de conseil plaident non coupables

FINANCES Ces sociétés privées expliquent que l'attribution des marchés de conseil en communication est du ressort des seuls ministères...

Enora Ollivier

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Un rapport de la Cour des comptes épinglant les dépenses en communication des ministères a été rendu public jeudi.
Un rapport de la Cour des comptes épinglant les dépenses en communication des ministères a été rendu public jeudi. — JPDN / SIPA

Explosion des montants consacrés à la communication et critères d’attribution de marchés opaques. Dans un rapport révélé jeudi, la Cour des comptes pointe les dépenses grandissantes des services de Matignon et de dix ministères dans le domaine de la communication et des sondages. Particulièrement visées dans le document: les agences privées de conseil, que certains ministères ont choisies «en dehors de toute publicité et mise en concurrence».

Les sociétés Giacometti-Péron et Only-conseil, surtout, sont épinglées. La première est co-dirigée par Pierre Giacometti, un proche de Nicolas Sarkozy, et est citée dans le rapport notamment pour trois contrats passés pour le compte du Premier ministre en 2008 et 2009, pour un montant de 694.059 euros hors taxes. Only-conseil est quant à elle nommée dans le cas de marchés passés en 2008 et 2009 avec le ministère de la Culture, et en 2007 et 2008 avec le ministère de l’Education nationale.

«Pas d’avis sur l’interprétation des textes»

Contacté par 20Minutes, Jean-Luc Mano, directeur d’Only-conseil, affirme n’y être pour rien dans l’attribution des marchés. «Ce ne sont pas les prestataires de service qui décident, mais les ministères», assure-t-il. «La Cour des comptes met en avant une différence de lecture des codes des marchés publics», poursuit-il, indiquant que lui «n’a objectivement pas d’avis à émettre sur la façon dont les ministères et la Cour interprètent tel ou tel texte».

Pierre Giacometti, interrogé par lemonde.fr jeudi, avance le même argument. «Le problème que pointe la Cour des comptes quant à la bonne exécution des marchés publics n’est pas de notre ressort», assure-t-il.

Selon le rapport, les ministères justifient l’absence de mise en concurrence par «la sensibilité des prestations en cause, la confiance ou la relation intuitu personae [fondée sur un lien entre deux personnes] qu’elles impliquent entre le ministre et le prestataire». Un argument que comprend Jean-Luc Mano, nommément cité dans le document de la Cour des comptes. «Quand un ministre a travaillé trois ans avec un prestataire et que ça c’est bien passé, il n’a pas de raison d’en changer», souligne-il, avant d’ajouter: «Prendre quelqu’un qu’on ne connaît pas parce qu’il a remporté un appel d’offre, ce n’est pas forcément un gage de qualité.»

Quant au fait que les demandes du gouvernement en coaching, media training, études ou sondages augmentent depuis quatre ans, le communicant avance une explication: «La masse des sollicitations est beaucoup plus importante aujourd’hui pour les ministres, que ce soit de la part des médias –qui sont plus nombreux- mais aussi des entreprises, des organisations.»

Quels sont les «conseils» donnés aux ministères?

Il s’agit de «conseils stratégiques», explique Jean-Luc Mano. En clair, les agences de communication proposent aux ministres «des préparations d’interviews», de  l’«assistance» avant des interventions publiques, ou encore des «analyses de presse et de réseaux sociaux». Une autre partie du service consiste à aider à mettre en place une communication autour d’une décision gouvernementale, pour «l’expliquer» aux citoyens.