Diffamation envers Nadine Morano: 1.500 euros requis contre «L'Est républicain»

JUSTICE La défense accuse le parquet d’avoir «agi sur ordre»...

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La ministre de l'Apprentissage Nadine Morano au CFA de Saint-Maurice  le 1er septembre 2011.
La ministre de l'Apprentissage Nadine Morano au CFA de Saint-Maurice le 1er septembre 2011. — SIPA/ F. Durand

Un journaliste du quotidien L'Est Républicain a comparu ce vendredi devant le tribunal correctionnel de Nancy, poursuivi pour diffamation par Nadine Morano, qui lui reproche un billet paru en mars faisant état d'un incident dans un aéroport italien.

Fait rare en matière d'infraction de presse, le parquet a soutenu l'accusation et requis une peine d'amende de 1.500 euros contre l'auteur de l'article et le directeur de publication.

La décision sera rendue le 4 novembre.

«Je suis persuadé qu'il y a eu un incident»

L'article litigieux, titré «Caprice», relatait que Nadine, ministre de l'Apprentissage et de la Formation professionnelle, aurait refusé de passer les contrôles de sécurité à l'aéroport de Rome-Fiumiccino lors d'un déplacement privé le 4 mars.

Selon le journal, cet incident aurait provoqué un quart d'heure de retard au décollage de l'avion.

«Il y a eu des vérifications suffisantes, je suis persuadé qu'il y a eu un incident dans cet aéroport. J'ai trois sources distinctes», a expliqué à la barre le journaliste poursuivi, qui a indiqué que le commandant de bord avait refusé de lui communiquer le rapport de vol. «Après cette affaire, j'ai été confronté à des pressions, à une violence, à une volonté de me nuire», a-t-il ajouté.

C’était «bien la ministre qu’on voulait atteindre»

Dans son réquisitoire, le procureur Raymond Morey a pourtant estimé que le journaliste n'avait «pas pris toutes les précautions, sans preuves directes». «J'estime que le journaliste n'est pas en mesure de démontrer qu'il a mené une enquête sérieuse, et qu'il a manqué de prudence», a-t-il expliqué, en soulignant que c'était «bien la ministre qu'on (voulait) atteindre, avec l'idée qu'on vise l'institution».

L'avocat de Nadine Morano, Me Bernard Thibaut, a pour sa part pointé «la presse, qui s'érige en censeur et qui fait respecter les lois de la morale, mais qui doit aussi vérifier la réalité des choses qu'elle écrit».

La ministre réclame 15.000 euros de dommages et intérêts.

«On a l’impression qu’elle cherche à museler la presse»

Une somme jugée «démesurée» par l'avocate de la défense, Me Marie-José Vohmann, qui s'est étonnée des réquisitions du parquet qui, «manifestement, a agi sur ordre».

«C'est un dossier extrêmement important qui touche à nos valeurs démocratiques, à la liberté d'information. Tout un chacun connaît Nadine Morano: alors qu'on sait que la presse régionale est dans une situation difficile, on lui dit "Taisez-vous, sinon... ", en réclamant 15.000 euros!»

«On a vraiment l'impression que Nadine Morano cherche à museler la presse», a conclu l'avocate.