Election de Jean-Pierre Bel: «Les territoires ont grondé et il faut les écouter»

RÉACTIONS droite comme à gauche, le nouveau président du Sénat est respecté...

Corentin Chauvel avec Reuters

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Jean-Pierre Raffarin à Marseille, le 3 septembre 2011, lors du campus d'été de l'UMP.
Jean-Pierre Raffarin à Marseille, le 3 septembre 2011, lors du campus d'été de l'UMP. — WITT/SIPA

L'élection à la présidence du Sénat du socialiste Jean-Pierre Bel ce samedi a été saluée à gauche, mais aussi à droite. 

Le sénateur UMP de la Vienne, Jean-Pierre Raffarin a évoqué «un beau résultat, à saluer», appelant ses troupes à se remobiliser. «Nous devons renouer le dialogue avec nos territoires qui nous ont exprimé leur déception», a-t-il déclaré sur I-Télé. «Les territoires ont grondé, il faut les écouter», a ajouté l'ancien Premier ministre. 

Pour Jouanno, «ça fait tout drôle»

Même respect du côté de Patrick Ollier qui, en tant que ministre des relations avec le Parlement, représentait le gouvernement. Celui-ci a «beaucoup apprécié le discours de Jean-Pierre Bel», souhaitant tout de même une bonne relation entre les deux chambres, désormais occupées en majorité par des camps opposés. «J'espère qu'on évitera l'usage de l'article 45 de la Constitution qui donne à le dernier mot à l'Assemblée nationale», a indiqué Patrick Ollier sur la même chaîne.

Le président de l'Assemblée, Bernard Accoyer, a félicité Jean-Pierre Bel dans un courrier. «Je forme le voeu que nos assemblées continuent à travailler ensemble dans les meilleures conditions pour servir au mieux la République dans le contexte international et européen délicat que traverse la France», a-t-il écrit.

Pour la sénatrice UMP de Paris, Chantal Jouanno, «ça fait tout drôle». L'ancienne ministre des Sports a cependant adressé sur I-Télé «toutes (ses) félicitations» à Jean-Pierre Bel, non sans évoquer une certaine «tristesse» pour son camp et le président sortant, Gérard Larcher.

«C'est un moment historique pour lui comme pour nous»

A gauche, le sénateur socialiste du Rhône, Gérard Collomb, a salué «l'émotion de Jean-Pierre Bel». «C'est un moment historique pour lui comme pour nous», a-t-il déclaré à I-Télé, comparant cette élection à la présidentielle de 1981, soit un événement qui «marquera l'histoire de notre pays». Le maire de Lyon entend désormais que la majorité socialiste «marque de (son) empreinte ce Sénat, avec la volonté de servir notre pays».

Ce samedi est «un jour merveilleux pour la démocratie parce qu'il y a une alternance», a jugé pour sa part sur la même chaîne David Assouline. Pour le sénateur socialiste de Paris, «c'est bien pour la gauche parce que c'est historique».

«C'est la victoire méritée d'un homme de consensus et d'un élu de la France rurale»

«En cet instant, nous ressentons tous dans cet hémicycle, le coeur battant de la démocratie, de la démocratie prête à se renforcer. Nous voyons se dessiner l'espoir d'un Sénat à l'avant-garde des changements attendus», avait déclaré en préambule de l'élection le sénateur communiste de la Réunion, Paul Vergès.

«Malgré un mode de scrutin défavorable, l'élection d'un président socialiste témoigne de l'exaspération des élus de terrain qui en ont assez d'être méprisés par le président sortant», a déclaré Martine Aubry, candidate à la primaire socialiste pour la présidentielle de 2012.

Dans un communiqué, sa concurrente, Ségolène Royal, adresse ses «chaleureuses félicitations à Jean-Pierre Bel». «C'est la victoire méritée d'un homme de consensus et d'un élu de la France rurale proche du terrain et des citoyens. Il s'agit d'une étape historique pour la gauche, sur le chemin pour que l'alternance l'emporte en 2012», indique-t-elle. A six mois de l'élection présidentielle de mai 2012, la conquête du Sénat par l'opposition est en effet vue par le Parti socialiste comme la première étape vers l'Elysée.

«Le Sénat doit être dans les semaines et les mois qui viennent un véritable contre-pouvoir»

«Le Sénat doit être dans les semaines et les mois qui viennent un véritable contre-pouvoir, exerçant toutes ses prérogatives pour contrôler l'exécutif, contribuant au redressement moral de la politique et protégeant les Français de nouveaux reculs sociaux. Il devra aussi être le fer de lance d'une autre réforme territoriale pour poser les jalons d'une nouvelle étape de la décentralisation, s'appuyant sur les énergies des territoires et des élus locaux et non pas contre eux», ajoute la présidente du Conseil régional de Poitou-Charentes.

L'opposition ne gagne pas forcément avec le Sénat une possibilité de bloquer d'éventuelles réformes puisque dans le système français, l'Assemblée nationale, où l'UMP dispose d'une écrasante majorité absolue, a une voix prépondérante. Cependant, le PS déclare qu'il entend bien mettre à profit cette victoire pour des initiatives diverses avant la présidentielle.

Un équilibre des pouvoirs qui se précisera la semaine prochaine

L'équilibre des pouvoirs se précisera la semaine prochaine avec la désignation des vice-présidents et des questeurs notamment, des présidents de groupe, des postes d'influence dotés, en ce qui concerne les questeurs notamment, d'avantages matériels importants. Les écologistes, qui en principe ne peuvent prétendre à constituer un groupe avec dix sièges, puisque le seuil est actuellement fixé à 15, pourraient obtenir de la nouvelle majorité une modification des règles.

La majorité UMP et Nicolas Sarkozy ont minoré l'importance de ce revers, soulignant qu'il résultait mathématiquement de défaites antérieures de la droite à des scrutins locaux, et estimant qu'il ne permettait pas de préfigurer le vote des citoyens l'année prochaine.