Elections: Le Sénat bascule dans l'opposition

Alexandre Sulzer

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Vent de révolution hier dans les dorures du palais du Luxembourg. La gauche a remporté hier, à l'occasion des sénatoriales et pour la première fois de l'histoire de la Ve République, la majorité absolue au Sénat.
En début de soirée, le président du groupe PS à la chambre haute, Jean-Pierre Bel, a revendiqué 175 sénateurs de gauche sur un total de 348. Une majorité très courte, donc, qui ne l'a pas empêché de saluer « un jour qui marquera l'histoire ». Et qui sonne surtout comme un avertissement pour Nicolas Sarkozy à sept mois de la présidentielle. L'Elysée s'est contenté de « prendre acte » des résultats. L'UMP n'a, en tout cas, pas de quoi se réjouir : en métropole, elle ne progresse qu'en Moselle alors qu'elle laisse la gauche lui rogner des sièges dans de nombreux départements-clés. A Paris - où le dissident de droite Pierre Charon arrive également à se faire élire -, mais aussi dans le fief sarkozyste des Hauts-de-Seine ou dans les Yvelines, département d'origine du président sortant (UMP) du Sénat, Gérard Larcher. Même des départements ruraux, comme la Lozère, ont voté à gauche. « Ces résultats changent la donne institutionnelle, mais dans une certaine limite seulement, précise Dominique Chagnollaud, spécialiste de droit constitutionnel. Le Sénat ne dispose pas de pouvoir de blocage comme l'Assemblée nationale. »

Bel, Tasca et Rebsamen

visent la présidence
Et la bataille pour la présidence de la Haute Assemblée ne fait que commencer. « Au Sénat, les clivages ne se calquent pas sur une logique binaire. C'est un peu comme pour l'élection du pape, on ne sait jamais qui va l'emporter ! » D'ici à samedi, date de l'élection du président, les tractations devraient aller bon train d'un côté comme de l'autre pour draguer les voix des sénateurs centristes. « La majorité, celle d'hier, n'avait pas les contours de la majorité présidentielle, a déclaré Gérard Larcher qui entend rester au perchoir. La nouvelle majorité reste à construire. » Le PS devrait choisir demain son candidat pour la présidence. Outre le candidat « naturel » Jean-Pierre Bel, Catherine Tasca ou François Rebsamen seraient sur les rangs. A droite, l'heure est au rappel des troupes. Hier, Roger Karoutchi, tout frais élu, a indiqué que « tous ceux qui veulent revenir à l'UMP sont les bienvenus ! » Il y a quelques jours, il avait obtenu l'exclusion du sénateur sortant Jacques Gautier pour dissidence.