Affaire Karachi: «Plus préjudiciable pour Sarkozy que pour n'importe quel autre politique»

POLITIQUE Le président de la République pourrait payer cher la multiplication des affaires...

Maud Pierron

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Le président français Nicolas Sarkozy aux Nations unies, le 20 septembre 2011 à New York, aux Etats-Unis.
Le président français Nicolas Sarkozy aux Nations unies, le 20 septembre 2011 à New York, aux Etats-Unis. — UN Photo/Eskinder Debebe /Sipa Press

L’affaire Bettencourt, les écoutes des journalistes du Monde, l’affaire des valises de Robert Bourgi, l’affaire Karachi… En ce moment, «ça sent mauvais», comme l’image Laurent Fabius. «Il y a quand même des accusations extrêmement précises», a-t-il ajouté, en parlant du volet financier de l’affaire Karachi.  Qui pourrait pourrir la campagne présidentielle de 2012. «Le climat est délétère, les Français ont le sentiment d’un dysfonctionnement généralisé à la tête de l’Etat», confirme Stéphane Rozès, président de Cap (Conseils, analyses et perspectives).

Pour le politologue, «cela rejaillira sur toute la classe politique» mais c’est évidemment Nicolas Sarkozy qui pâtira le plus de ces affaires, même s’il n’est pas formellement impliqué dans le dossier judiciaire. «Les Français constatent que les institutions ne semblent pas fonctionner correctement, alors que le garant de celles-ci et de la séparation des pouvoirs est Nicolas Sarkozy, le même qui a promis une République irréprochable», explique-t-il.

«Il est probable que le sentiment du ‘tous pourris’ se généralise encore plus et qu’elle touche donc toute la classe politique», confirme Gaël Sliman, directeur général adjoint de l’insitut BVA. Du coup, c’est le FN qui pourrait tirer son épingle du jeu. «Les affaires ont toujours été un terrain fertile pour les partis extrêmes. Notamment le FN, qui stigmatise le système ‘UMPS’», relève-t-il.

Et l’abstention?

Pour autant, le sondeur n’est pas certain que ces polémiques impactent réellement la présidentielle. «En période de crise, le cœur des préoccupations des Français, c’est l’emploi et le pouvoir d’achat, des thématiques sur lesquelles le FN n’est pas jugé crédible». Stéphane Rozès juge qu’«idéologiquement, ces affaires profiteront au FN mais qu’électoralement, par la force des choses, c’est la gauche qui en profitera».

Et l’abstention? Pourrait-elle augmenter avec la multiplication des affaires et la montée du sentiment «tous pourris»? «Tout dépend de la qualité du débat», juge Stéphane Rozès, qui assure qu’aucun parti n’a intérêt à faire de ces sujets «l’élément central du débat» en 2012. «Les problèmes du pays sont beaucoup trop importants et les Français ne veulent pas  êtres privés de leur débat de fond», juge-t-il. 

Surtout, estime Stéphane Rozès, les Français «ne vont pas se déterminer par rapport aux questions morales», qui sont des «conditions nécessaires mais pas suffisantes» pour faire un bon président de la République. Sauf que pour Nicolas Sarkozy, le problème est plus aigu, note Gaël Sliman. «Ce n’est pas qu’un problème de morale. Les Français donnent une cohérence globale aux affaires et à la politique menée par Nicolas Sarkozy qu’ils identifient comme favorable aux riches. Ils font la connexion», explique le sondeur. Du coup, «c’est plus préjudiciable pour lui que pour n’importe quel autre homme politique», assure-t-il.