Procès Chirac: Pour ses avocats, les emplois fictifs sont le produit de la désorganisation municipale

JUSTICE Les avocats de l'ancien président de la République ont contesté l'idée d'un «système politique» dont Jacques Chirac serait l'instigateur...

Avec Reuters

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Maître Kiejman, avocat de Jacques Chirac, le 6 septembre 2011 au Palais de Justice de Paris.
Maître Kiejman, avocat de Jacques Chirac, le 6 septembre 2011 au Palais de Justice de Paris. — Michel Euler/AP/SIPA

Responsable par négligence, mais pas coupable. Les avocats de Jacques Chirac ont mis en avant lundi la désorganisation de la mairie de Paris, «pétaudière administrative», plutôt qu'un véritable «système politique», pour défendre l'ancien président accusé d'avoir créé des emplois fictifs dans la capitale.

Secrétaire «potiche» et autres employés aux dossiers introuvables, le défilé des anciens «chargés de mission» de la Ville de Paris imputés à Jacques Chirac sur la période 1992-1995 s'est poursuivi au tribunal correctionnel de Paris. «Est-ce que la fictivité d'un travail dont on n'a pas la connaissance (...) peut être imputée (à quelqu'un)?», s'est ainsi interrogé Me Georges Kiejman, l'un de ses avocats.

Placard en or et rôle de potiche

Le tribunal a d'abord examiné lundi le cas de Martine Garnier, recrutée pour une mission de secrétariat à la mairie de Paris sous les ordres de François Musso, alors conseiller municipal de la ville d'Ajaccio et député européen. Une mission qui aura véritablement duré six mois, mais pour laquelle elle est restée en fonction de juillet 1994 à mars 1996, soit près de deux ans. «Avec le recul, je pense que (François Musso) était dans un placard en or et je servais de potiche», avait-elle déclaré lors de l'instruction.

Chargé de rédiger deux rapports sur les fonds européens dont pouvait bénéficier la ville de Paris, François Musso a expliqué avoir eu recours aux services de Martine Garnier pour dactylographier ses rapports. Une mission qui, selon son propre témoignage, s'est achevée fin 1994.

«Madame Garnier m'a été détachée uniquement pour cette mission, et pour le reste, je n'avais pas à m'en soucier», a-t-il déclaré. L'ex-directeur de cabinet de Jacques Chirac Rémy Chardon, qui a signé le contrat de Martine Garnier, a pour sa part déclaré qu'il ignorait tout de ses fonctions, et qu'il avait signé le contrat de façon «mécanique».

«Madame Garnier a servi à regarder les mouches voler»

«(C'est) une filière dans laquelle je ne jouais pas de rôle à part un rôle mécanique de signature du contrat», a-t-il dit. «Nous savons grosso modo que Madame Garnier a servi à regarder les mouches voler», a déclaré Jean-Yves Le Borgne, avocat de Rémy Chardon. Mais à qui profitait son maintien en poste? Difficile de savoir, a-t-il estimé, se demandant si la pérennisation de son contrat ne venait pas seulement d'un «défaut de fonctionnement» de la mairie de Paris.

Le président du tribunal, Dominique Pauthe, a aussi invité à la barre lundi Jean-Claude Mestre, ex-chargé de mission à la direction des finances de la ville de Paris pendant près de 12 ans, et dont les dossiers n'ont jamais été retrouvés. Un cas qui a mené Georges Kiejman à évoquer une «pétaudière administrative» à la mairie. «Quand on me dit que c'était un système politique organisé, je voudrais qu'on me le démontre», a-t-il déclaré.

Qualifiant le travail de Jean-Claude Mestre de «mystérieux», Dominique Pauthe a déclaré: «On parlait de pétaudière tout à l'heure (...) là, ça a l'air de coller.» Lors de l'instruction, Jacques Chirac avait déclaré ne pas connaître Jean-Claude Mestre, et tout ignorer de son recrutement. Le procès se poursuit mardi.