Françafrique: Chirac et Villepin accusés de financement occulte pour la campagne 2002

AFFAIRES Ils ne sont pas les seuls cités dans les révélations...

© 2011 AFP

— 

Entendu comme témoin dans l'enquête sur la disparition d'un journaliste en 1997 à Tahiti, l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin a affirmé jeudi à Paris à un juge de Papeete que Jacques Chirac n'a jamais possédé de compte au Japon.
Entendu comme témoin dans l'enquête sur la disparition d'un journaliste en 1997 à Tahiti, l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin a affirmé jeudi à Paris à un juge de Papeete que Jacques Chirac n'a jamais possédé de compte au Japon. — Patrick Kovarik AFP/Archives

Sale temps pour Chirac et Villepin. Déjà empêtrés dans des procès-fleuve, les deux hommes sont accusés, par un des piliers de la «Françafrique», Robert Bourgi, d'avoir reçu, par mallettes entières, des fonds occultes de dirigeants africains, ce que l'ex-Premier ministre qualifie de «fariboles». Dans le Journal du Dimanche, l'avocat d'origine libanaise Robert Bourgi, 66 ans, décrit avec luxe de détails des remises de fonds d'Afrique - d'un montant «incalculable», dit-il - qu'il aurait effectuées personnellement auprès de l'ex-président et l'ex-Premier ministre entre 1997 et 2005.

10 millions de dollars

Sa confession coïncide avec la sortie d'un livre-brûlot de Pierre Péan, La République des mallettes, dans lequel le journaliste-enquêteur décrit un tourbillon de commissions et rétrocommissions avec en fil rouge Alexandre Djouhri, ami de Dominique de Villepin. La noria de «valises» africaines aurait commencé, selon Robert Bourgi, en mars 1997 «le jour de l'enterrement de mon maître Jacques Foccart». Ce dernier créa à l'Elysée, sous de Gaulle, la Françafrique, système très décrié de réseaux d'influence maintenus par Paris avec ses ex-colonies d'Afrique noire.

Les livraisons auraient pris fin en 2005 quand Dominique de Villepin a lancé abruptement, selon Robert Bourgi: «l'argent de tous les Africains sent le soufre». «Par mon intermédiaire», «cinq chefs d'état africains -Abdoulaye Wade (Sénégal), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Laurent Gbagbo (Côte d'Ivoire), Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville) et, bien sûr, Omar Bongo (Gabon) ont versé environ 10 millions de dollars pour cette campagne de 2002», prétend l'avocat. L'actuel ministre des Affaires étrangères Alain Juppé n'est pas épargné. «L'argent d'Omar Bongo a payé le loyer pendant des années» de son club 89, accuse Robert Bourgi.

Une grosse mallette «aux pieds du ministre de l'Intérieur»

Rendez-vous devant une boutique de fleurs, argent dissimulé dans des tambours africains, surnoms fleuris («Villepinte», «M. Chambertin», «Le Doyen») émaillent ce récit circonstancié. Pourquoi l'homme de l'ombre rompt-il son long silence? «J'en ai assez des donneurs de leçons et des donneurs de morale», répond-il au JDD, se présentant comme «déçu» et «humilié». Dans des documents diplomatiques ayant fuité via Wikileaks, Robert Bourgi est décrit par des diplomates français comme «la quintessence de l'acteur de la Françafrique» et aussi «un mercenaire uniquement préoccupé par son bien-être».

Souvent qualifié de conseiller officieux pour l'Afrique de Nicolas Sarkozy - même si à l'Elysée on précise qu'il ne figure sur aucun organigramme - Robert Bourgi exonère totalement le président qui «m'a demandé de travailler pour lui, mais sans le système de financement par valises"». Tel n'est pas l'avis de Michel de Bonnecorse, conseiller Afrique de Chirac qui a assuré à Pierre Péan que Bourgi a, avant 2007, déposé une grosse mallette «aux pieds du ministre de l'Intérieur» d'alors, Nicolas Sarkozy. L'Elysée s'est refusé à tout commentaire sur cette accusation.

«Quand on a des choses à dire, on le dit devant la justice»

Comme il avait qualifié le livre de Péan de «fantasmes», Dominique de Villepin qualifie les accusations de Bourgi de «fariboles» et d'«écran de fumée». Coïncidence de calendrier? C'est mercredi que Dominique de Villepin sera fixé sur son sort en appel dans l'affaire Clearstream, tandis que se poursuit le procès des emplois fictifs de la ville de Paris auquel Jacques Chirac est dispensé d'assister pour cause d'anosognosie.

Pour l'UMP, qui attend «des éléments de preuve» comme pour les deux présidents du sénat et de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer et Gérard Larcher, le seul débouché possible à toutes ces accusations est judiciaire. «Quand on a des choses à dire, on le dit devant la justice», a dit Gérard Larcher. Contacté par l'AFP, l'entourage de Jacques Chirac n'avait pas encore donné suite dimanche midi.