Jean-Noël Guérini vers la mise en examen?

JUSTICE Présenté au juge ce jeudi, le président du conseil général des Bouches-du-Rhône risque gros...

A Marseille, Jérôme Comin

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Jean-Noël Guérini en mars 2011
Jean-Noël Guérini en mars 2011 — POCHARD PASCAL/SIPA

C'est une affaire de famille. Jean-Noël Guérini (PS), le président du conseil général des Bouches-du-Rhône, est convoqué ce jeudi devant les juges marseillais, quelques mois après la remise en liberté de son frère cadet, Alexandre.

Ce dernier a été incarcéré en décembre 2010 à Luynes (Bouches-du-Rhône) dans le cadre d'une vaste instruction judiciaire sur des marchés publics présumés frauduleux dans le département. L'aîné de la famille a fini par se retrouver dans le viseur de la justice et risque une mise en examen pour «trafic d'influence, association de malfaiteurs et prise illégale d'intérêts».

«Ça doit être pour les décharges»

Si Jean-Noël Guérini a toujours affirmé ne pas «se mêler des affaires de son frère», des écoutes téléphoniques prouveraient, selon les juges d'instructions, «l'élément intentionnel» de la prise illégale d'intérêts. Le 27 avril 2009, Jean-Noël passe ainsi un coup de fil à Alexandre. «Tu es censé ne pas le savoir. Moi, je suis censé ne pas le savoir (...), il se dit qu'une enquête préliminaire sera ouverte. A mon avis, ça doit être pour les décharges, lâche-t-il. Avant de confier: “De toute façon, au bout de trois ans, il y a prescription, ils ne peuvent rien faire.”»

Le sénateur fait allusion à la décharge du Mentaure à La Ciotat. En 2004, alors qu'Alexandre Guérini, dirigeant de la SMA Environnement, veut étendre l'activité de sa décharge à une parcelle voisine mise en vente par une famille, il se trouve face à un refus de la mairie de La Ciotat. La ville ne souhaite pas cette extension et se prépare à préempter le terrain. Le conseil général des Bouches-du-Rhône, présidé par Jean-Noël Guérini, préempte alors la parcelle avant la ville pour officiellement protéger cet espace naturel.

En 2006, la préfecture déclare ce terrain d'intérêt public pour le traitement des déchets et Jean-Noël Guérini fait voter sa vente, dans la foulée. Les juges lui reprochent la vente de ce terrain préempté, alors qu'il savait que cette cession allait profiter à son frère.

Jusqu'à dix ans de prison

Si Jean-Noël Guérini est mis en examen ce jeudi pour trafic d'influence, association de malfaiteurs et prise illégale d'intérêts, il encourt au maximum une peine de dix ans de prison et 150.000 € d'amende. Une peine accessoire d'inéligibilité peut être aussi prononcée, tout comme une interdiction d'exercer une fonction publique.