Pierre Charon, l'insubmersible conseiller

PORTRAIT Conseiller de Chaban-Delmas, Balladur, Chirac et Sarkozy, Pierre Charon retombe toujours sur ses pattes...

Maud Pierron

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Pierre Charon devant l'Elysée, le 24 novembre 2010.
Pierre Charon devant l'Elysée, le 24 novembre 2010. — G. CERLES / AFP

«Je condamne toutes les dissidences, y compris de gens qui osent se réclamer de moi», a lancé Nicolas Sarkozy mardi lors d’une réunion avec des représentants de la majorité, rapporte Le Figaro. Une allusion à peine voilée à Pierre Charon, suspendu de l’UMP parce qu’il mène une liste dissidente pour les sénatoriales à Paris, empiétant sur les plates-bandes de Chantal Jouanno. Cette grogne présidentielle mettrait-elle un terme à une amitié, déjà légèrement chancelante, de plus de vingt ans?

Pas si sûr, tant Pierre Charon - qui a commencé à graviter dans le monde politique auprès de Jacques Chaban-Delmas, puis Balladur, puis Chirac, pour finir avec Sarkozy - a toujours su retomber sur ses pattes. Charon, 60 ans, c’est avant tout un homme de réseaux, dans le monde politique bien sûr, mais aussi dans celui des médias et du show-biz. A tel point  que ses ennemis l’ont affublé d’un surnom peu flatteur: «le conseiller rires et chansons». Un qualificatif revenu avec vigueur en 2008, quand il a enfin pu revenir dans le sillage de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, devenant même l’ami de Carla Bruni-Sarkozy, dont il guidait les premiers pas dans l’arène politique. Une victoire dont il n’a pas manqué de se vanter.

Le «consigliere» de Sarkozy

Car celui qui a accompagné au plus près Nicolas Sarkozy dans sa conquête de l’Elysée s’est d’abord vu interdire l’entrée du palais par Cécilia Sarkozy. Comme ses amis de la «Firme», Brice Hortefeux, Laurent Solly, Franck Louvrier et Frédéric Lefebvre, l’aventure élyséenne a failli s’arrêter le 6 mai 2007. Quand l’entrée du Fouquet’s, où Nicolas Sarkozy a fêté sa victoire, lui a été interdite. Cécilia accusant notamment Charon et sa bande de parler trop, trop vite, à tort et à travers.

Pierre Charon, c’est un peu le «consigliere» de Sarkozy - en référence à Tom Hagen, le conseiller de Don Corleone dans le film Le Parrain - imageait Le Point dans un portrait qui lui était consacré il y a deux ans. «Je lui rends compte, tous les matins, des tendances du moment, des embûches à venir, des coups bas politiques qui se préparent», expliquait l’intéressé à l’hebdomadaire. C’est l’homme des dîners en ville, qui écoute les rumeurs, les déjoue, notamment dans l’affaire Clearstream et parfois… les propage. Ses victimes les plus connues? David Martinon, Michèle Alliot-Marie et Rachida Dati.

«Sarkozyste à mort» 

Un  travers qui va lui coûter cher. Lors de l’affaire de la rumeur sur le couple présidentiel, en mars 2010, il avait parlé, fortement, de «complot» et annoncé que «la peur devait changer de camp». A de nombreux élus UMP, il avait laissé entendre en «off» que c’était Rachida Dati qui était à l’origine du ragot, affirmant que des textos prouvant son implication avaient été saisis. La confidence de trop qui va faire rugir l’ex-garde des Sceaux, une de ses ennemis, qui menace alors de porter l’affaire devant la justice si son téléphone a été espionné. Une contre-attaque qui oblige à l’époque la Première dame à intervenir en urgence le soir même, sur Europe 1, pour démentir toute enquête. A partir de ce jour, le conseiller va retomber en disgrâce.

Toute relative cependant, puisque, s’il est en congé de ses fonctions, il ne quitte officiellement l’Elysée qu’en novembre dernier. Et encore. Nicolas Sarkozy prolongera les services de son ami au Conseil économique et social en 2010, «pour solde de tout compte». Et ce Parisien de naissance conserve ses prérogatives au domaine de Chambord, où il s’occupe notamment des chasses présidentielles, qui lui permettent, là encore, d’étoffer son réseau.

Car Charon, «il vaut mieux l'avoir près que loin de soi», a un jour confié Nicolas Sarkozy. S’il n’occupe plus aujourd’hui ces deux fonctions, c’est parce qu’il a décidé de lui-même d’en démissionner pour se consacrer aux sénatoriales. A moins qu’il n’ait souhaité éviter d’être «démissionné» par le président en raison de sa dissidence. Un peu comme Jacques Chirac avait mis fin en 1993 à ses fonctions de conseiller, alors qu’il était à la mairie de Paris, après lui avoir demandé d’arrêter de colporter des rumeurs sur sa fille, Claude Chirac. C’est d’ailleurs précisément à cette époque qu’il se tourne vers Nicolas Sarkozy, prometteur espoir de la droite. Encore aujourd’hui, il se décrit comme «sarkozyste à mort».