Le FN veut éviter d'être associé à la tuerie d'Oslo

POLITIQUE Même si certains de ses cadres ont tenu des propos plus ambiguës...

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La présidente du Front national, Marine Le Pen, le 25 mai 2011, à Lille.
La présidente du Front national, Marine Le Pen, le 25 mai 2011, à Lille. — B.CHIBANE / SIPA

Furieux d'être indirectement associé à la tuerie d'Oslo par certains responsables de gauche, le Front national dénonce une «manipulation» et menace d'engager des poursuites, mais les commentaires sur Twitter d'un de ses cadres suscitent un début de polémique.

Samedi, au lendemain des attaques qui ont fait 93 morts et dont le suspect, Anders Behring Breivik, ne cachait pas son islamophobie, le parti de Marine Le Pen a employé deux registres pour réagir.

D'un côté, un très bref communiqué condamnant «ces actes barbares et lâches» et exprimant sa «totale solidarité» avec les Norvégiens; de l'autre, un texte du député européen Bruno Gollnisch, prompt à dénoncer les «déformateurs patentés» et les «manipulations contre la droite nationale».

 Un «nouveau Carpentras»

L'ancien numéro 2 du parti s'interroge même sur «un nouveau Carpentras», en allusion à l'affaire de profanation de sépultures juives en 1990, qui avait fortement ému le pays, sur fond de montée du FN, lequel avait dénoncé un complot pour le discréditer.

Dimanche, nouvelle salve: Marine Le Pen a fustigé un communiqué de l'association antiraciste MRAP mettant en cause «les partis populistes et les extrêmes droites» et la «lourde responsabilité (qu'ils portent) dans le climat délétère» en Europe.

Le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) cite notamment le FN, avec qui il a souvent maille à partir, et la Droite populaire, le collectif de députés qui incarne depuis un an l'aile droite de l'UMP. «Le Front National est évidemment parfaitement étranger à la tuerie norvégienne, qui est l'oeuvre d'un déséquilibré solitaire qui devra être châtié de façon impitoyable», a affirmé la présidente du FN.

L'arme judiciaire

Brandissant l'arme judiciaire, elle promet un procès en diffamation à l'association antiraciste et des poursuites contre «quiconque se prêterait à des basses manoeuvres de de ce type».

Plusieurs leaders du PS ont néanmoins pointé du doigt le «discours de haine» de l'extrême droite, sans forcément viser directement le FN, mais plus généralement la montée des populismes et des courants islamophobes en Europe.

Conséquence de «l'incompatibilité des cultures»

«Voilà où mène aussi l'idéologie du choc des civilisations, de l'incompatibilité des cultures, de l'impossibilité de construire des mondes au-delà de nos sociétés habituelles : à la haine, à la destruction, au terrorisme», a analysé le porte-parole du PS, Benoît Hamon. Si le Front national a officiellement condamné les attaques d'Oslo, certaines réactions sur internet paraissent plus ambiguës. Ainsi, un cadre national du parti d'extrême droite, Laurent Ozon, proche de Marine Le Pen, a posté plusieurs messages sur Twitter où il pointe une hausse de l'immigration en Norvège.

Prendre en compte «le contexte», selon un cadre FN

«Expliquer le drame d'Oslo: explosion de l'immigration: X6 (multipliée par 6, NDLR) entre 1970 et 2009», dit l'un de ces courts messages.

Lundi, contacté par l'AFP, il s'est défendu de toute justification de l'acte meurtrier commis par Anders Behring Breivik. «Je prétends que cet acte, qui est un acte odieux, doit être analysé dans le contexte norvégien actuel», a-t-il assuré.

Le Mouvement des jeunes socialistes (MJS) a fustigé cette «rhétorique lamentable d’explication de la tuerie par l’immigration» et demandé à Marine Le Pen de dire si «elle s'associé à cette analyseù ou «d'en tirer toutes les conséquences immédiatement». «La dédiabolisation est un long chemin», conclut le MJS.