Libération des ex-otages: la nouvelle discrétion de Nicolas Sarkozy

POLITIQUE Le chef de l'Etat ne s'est pas affiché auprès des ex-otages, à la différence de ce qu'il a pu faire précédemment...

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Nicolas Sarkozy lors d'une table ronde sur l'éducation à Plaisir, dans les Yvelines, le 23 juin 2011.
Nicolas Sarkozy lors d'une table ronde sur l'éducation à Plaisir, dans les Yvelines, le 23 juin 2011. — AFP PHOTO/PHILIPPE WOJAZER

Une nouvelle preuve que Nicolas Sarkozy se représidentialise? Il a ce jeudi pris de la hauteur lors du retour des ex-otages en France. Contrairement à la plupart des précédents retours d'otages sur le sol français, Nicolas Sarkozy a accueilli avec discrétion les deux journalistes de France 3 libérés la veille, après dix-huit mois de détention en Afghanistan.

Après avoir longtemps entretenu le doute, l'Elysée n'a confirmé qu'à la toute dernière minute la présence sur la base aérienne de Villacoublay du chef de l'Etat et de son épouse Carla Bruni-Sarkozy.

Un café avec les journalistes

Diffusées par TF1, les seules images d'Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier descendant de l'avion qui les ramenait de Kaboul, à l'écart du dispositif médiatique «officiel», ont montré un Nicolas Sarkozy attendant patiemment, au bout de la rangée des familles et des officiels, le moment de serrer la main et d'échanger quelques mots avec les ex-otages.

«Le président et son épouse ont ensuite échangé longuement avec eux, autour d'un café», a-t-on précisé à l'Elysée. Une discussion en présence des familles, des ministres des Affaires étrangères Alain Juppé et de la Défense Gérard Longuet et du président de France Télévisions Rémy Pflimlin notamment.

Très discrète, la partition présidentielle a rompu avec le cérémonial habituel des retours d'otages. Comme ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy avait déployé en avril 2008 tout le protocole républicain à Orly pour l'arrivée des Français détenus au large de la Somalie sur leur voilier.

La «garden party» avec Ingrid Betancourt

Trois mois plus tard, c'est avec les mêmes honneurs qu'il avait accueilli la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, avant de la ramener en grande pompe à l'Elysée et d'en faire la vedette de feue la «garden party» du 14 juillet.

Pas de prise de parole

Mais cette fois, Nicolas Sarkozy s'est abstenu de toute prise de parole en présence des otages. Après un bref communiqué mercredi, il ne s'est que brièvement exprimé jeudi lors d'un déplacement dans le Lot-et-Garonne pour dire sa joie de la libération des deux journalistes «si lâchement et si injustement retenus» et remercier «tous les services» qui y ont travaillé.

Une communication minimaliste assumée. «C'était un choix des familles et de la présidence», a plaidé l'entourage du chef de l'Etat: «il était important de leur réserver un moment d'intimité pour leurs retrouvailles».

Une même réserve avait été observée lors de la libération, en février, de trois des sept otages enlevés au Niger par Al-qaida au Maghreb islamique (Aqmi), reçus sans publicité à l'Elysée. Une retenue alors justifiée par le souci de ne pas entraver les efforts de libération des autres détenus.

«Il cherche à "faire président"»

Dans les premières semaines suivant l'enlèvement des deux journalistes, une polémique avait éclaté, suscitée par les critiques de Nicolas Sarkozy et de son entourage sur «l'imprudence coupable» d'Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier.

Alors secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant leur avait reproché de faire «courir des risques» à ceux chargés de les ramener. Et le chef d'état-major des armées, le général Jean-Louis Georgelin, avait provoqué un tollé en affirmant en février 2010 avoir déjà dépensé «plus de 10 millions d'euros pour cette affaire».

Certains responsables de la majorité ont vu dans la discrétion présidentielle une illustration de sa nouvelle stratégie de communication. «Depuis plusieurs semaines, il cherche à changer d'image, à être plus consensuel, à "faire président"», note l'un d'eux, qui ajoute: «en restant discret, il a voulu échapper aux accusations de récupération politique». «La gauche l'a elle aussi bien compris», ajoute le même, «tous ses chefs y ont vu un succès pour le gouvernement».