Stéphane Rozès : «Ce remaniement vise à dépouiller les ressources politiques de Jean-Louis Borloo»

INTERVIEW Le remaniement est une opération tant technique que tactique affirme le politologue Stéphane Rozès, président de la société CAP...

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud
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Vue du palais de l'Elysée.
Vue du palais de l'Elysée. — E. FEFERBERG / AFP

C’est finalement François Baroin qui est nommé ministre de l’Economie. Qu’en dire?

La nomination de François Baroin à Bercy est évidemment une belle promotion, car Bercy est un poste éminemment prestigieux. C’est aussi une promotion pour Valérie Pécresse [nommée au Budget]. Ces nominations sont tout d’abord une récompense de la loyauté politique des «bébés Chirac» et du travail ministériel effectué. Dans ce remaniement, il y a eu une bataille des ambitions personnelles, mais c’est le cas dans chaque remaniement, donc rien de nouveau de ce côté.

Que pensez-vous de l’arrivée des centristes François Sauvadet, Jean Léonetti, Marc Laffineur?

La nomination de centristes est tactique. Nicolas Sarkozy veut priver Jean-Louis Borloo de toute ressource politique, de toute justification politique pour la présidentielle de 2012. Ce remaniement, apparemment technique, est bien entendu tactique. Car n’oublions pas que le premier souci pour Nicolas Sarkozy, c’est Jean-Louis Borloo. Il lui faut à tout prix déminer le terrain des centristes, et donc empêcher Jean-Louis Borloo

Le Président place son gouvernement plus au centre avec ces nominations. Il valorise également la ligne de son conseiller Henri Guaino [sur une ligne plus sociale] plutôt que celle du [stratège sécuritaire, ex-lepéniste] Patrick Buisson. Il occupe enfin la question des déficits, dont parlent souvent les centristes: son but est de dépouiller le centre.

Et les nominations de David Douillet et Claude Greff?

Le Président sait repérer les talents. Très attentif aux signaux de promotion ou de relégation, il aime faire émerger de nouvelles personnalités. David Douillet est issu de la société civile, issu du chiraquisme. Quant à Claude Greff, c’est une députée de l’Indre-et-Loire qui a du tempérament.

Pensez-vous que c’est le dernier remaniement avant l’élection présidentielle?

Le nouveau gouvernement est outillé techniquement pour aller jusqu’à la fin, mais nous ne sommes à l’abri de rien.