Ségolène Royal: Entre Poitiers et les librairies de Paris, une candidate à la manœuvre

REPORTAGE Royal n'a renoncé à rien et s'active...

Matthieu Goar

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José Bové et Ségolène Royal, au tribunal de Poitiers, lors du procès de l'eurodéputé pour fauchage d'OGM, le 14 juin 2011.
José Bové et Ségolène Royal, au tribunal de Poitiers, lors du procès de l'eurodéputé pour fauchage d'OGM, le 14 juin 2011. — NOSSANT/SIPA/1106141836

20 minutes a suivi une Ségolène Royal hyperactive pendant 48 heures. Récit

Mardi, 13 h 30, Poitiers : la dame du Poitou et José le moustachu
Ségolène Royal accueille José Bové au pied des marches de son conseil régional. Quelques minutes dans son bureau, et les deux amis redescendent. «Ségolène est un appui, un soutien pour cette cause qu’elle défend depuis longtemps», explique l’écologiste convoqué par le tribunal de Poitiers pour un fauchage en 2008. Devant des panneaux qui vantent l’agriculture garantie sans OGM de sa région, Royal embraye. «Il faut arrêter de dégrader les causes pour lesquelles on se bat. J’ai été convoqué à ce procès il y a des mois, bien avant ma candidature», explique la socialiste, un peu exténuée par les critiques sur son opportunisme. A travers les rues et entourés d’un essaim de caméras et de militants, Royal et Bové avancent côte à côte. Et grimpent les marches du palais. «Ces faucheurs ont alerté l’opinion, ils ont rendu service à l’intérêt général», détaille-t-elle à la barre. Les écologistes apprécient.

Mercredi, 8 h 30, Paris : cravates, croissants et BlackBerry
Rue du Faubourg-Saint-Honoré, à deux pas de l’Elysée, Sophie de Menthon, présidente de l’association Ethic, reçoit Mme Royal devant un parterre très masculin. Sur les tables de ces patrons, la candidate socialiste a fait déposer un hors-série du magazine Alternatives économiques sur l’emploi dans sa région. D’entrée, elle met les pieds dans l’argenterie. «Si vous êtes traumatisés par les 35 heures, les salariés sont, eux, touchés par le chômage et les bas salaires», lance-t-elle avant de proposer sept idées (un plan à destination des PME, la création d’une Banque publique d’investissement…) tout en exigeant sept contreparties des patrons (l’égalité salariale…) Au milieu des moues maussades, quelques patrons intéressés. «D’abord, elle est venue. Tout le monde ne l’aurait pas fait», glisse une chef d’entreprise.

Librairie Gibert Joseph, 14 h 45, Paris : dédicace et recrutement
Une mère sprinte de la fenêtre jusqu’à la table de dédicace. «Elle arrive, je l’ai vue sortir de sa voiture.» Accompagnée de Jean-François Macaire, auteur du livre En route pour le vrai changement sur sa politique régionale, Royal sourit aux enfants et aux appareils photo. Et débute les signatures avec deux jeunes femmes qui veulent s’engager. «Nous lui avons expliqué que nous voulions l’aider. Elle n’est pas consensuelle comme Aubry et Hollande. Elle nous a invitées à la prochaine réunion de son comité», confient Audrey et Charlotte, qui n’avaient pas participé à la campagne de 2007. L’effet Royal fonctionne toujours.

Musée social, 16 h, Paris : « Vous diriez ça à un homme ? »
Finis les enfants, place aux journalistes politiques. Royal détaille ses idées pour les PME et tance la presse qui l’accuse de faire des «coups» politiques. «D’abord le vocabulaire est assez disgracieux […]. Je ne sais pas si c’est parce que je suis une femme que c’est interprété comme ça», conclut-elle. Comme un air de 2007…