Claude Guéant ne sera pas poursuivi pour «incitation à la discrimination raciale»

JUSTICE La Cour de justice de la République a décidé de ne pas ouvrir d’enquête...

M.P. avec Reuters

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Le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, le 30 mai 2011 à Proyart (Somme).
Le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, le 30 mai 2011 à Proyart (Somme). — WITT / SIPA

Si elle n’a pas statué sur le cas Christine Lagarde, la Cour de justice de la République (CJR) a examiné le dossier de Claude Guéant et décidé de ne pas ouvrir d’enquête pour «incitation à la discrimination raciale», a-t-on appris de source judiciaire.

La CJR avait été saisie par l'association SOS Racisme après les propos tenus le 4 avril par le ministre de l’Intérieur, en marge d'un déplacement à Nantes et à la veille du débat de l'UMP sur la laïcité: «En 1905, il y a avait très peu de musulmans en France, aujourd'hui il y en a entre 5 et 6 millions. L'accroissement du nombre de fidèles et un certain nombre de comportements posent problème.»

Pas d'appel possible

Cette décision ne peut pas faire l'objet d'un appel, ce qui dégage l'avenir judiciaire du ministre, qui était menacé de poursuites susceptibles d'affaiblir sa position, à l'image de son précédesseur Brice Hortefeux. L'avocat de SOS Racisme s'est déclaré «atterré» par une décision qui risque d'être vécue «comme un déni de justice par les millions de personnes qui se sentaient visées» par les propos du ministre. «Il est difficilement compréhensible que des personnages politiques dans l'exercice de leurs fonctions ne puissent pas répondre de leurs propres actes», a dit Me Patrick Klugman à Reuters.

«Il est malheureux dans cette affaire que les victimes n'aient pas eu accès aux juges» a-t-il ajouté, soulignant que SOS racisme n'avait pas droit à un recours.                                  

    Pour l'association, les propos du ministre n'étaient pas «un simple dérapage» mais s'inscrivaient dans un discours récurrent «fondé pour l'essentiel sur la xénophobie et la discrimination.»   Outre les ONG antiracistes, l'opposition de gauche accuse Claude Guéant de reprendre systématiquement depuis sa prise de fonctions les thématiques du Front national.Pour Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS à l'Assemblée, Claude Guéant, est «devenu le ministre du FN». La présidente du parti d'extrême droite, Marine Le Pen, a de son côté ironisé sur ce proche de Nicolas Sarkozy, ancien secrétaire général de l'Elysée, estimant qu'il méritait une carte de «membre d'honneur» du FN.