Chirac livre un témoignage sans concessions sur ses relations avec Sarkozy

MÉMOIRES 'ancien président de la République se confie dans le deuxième tome de ses mémoires sur ses rapports difficiles avec l'actuel chef de l'Etat...

M.P.

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Le chef de l'Etat a dévoilé une plaque commémorative à l'entrée du monument, qu'il a ensuite visité avec de nombreuses personnalités, dont son prédécesseur Jacques Chirac, à l'origine du lancement de ce projet en 2002.
Le chef de l'Etat a dévoilé une plaque commémorative à l'entrée du monument, qu'il a ensuite visité avec de nombreuses personnalités, dont son prédécesseur Jacques Chirac, à l'origine du lancement de ce projet en 2002. — Philippe Wojazer AFP/POOL

Plus de quatre ans après son départ de l'Elysée, il se livre à coeur ouvert. Si Jacques Chirac a toujours mis un point d’honneur à ne pas critiquer son successeur publiquement, l’ex-chef de l’Etat se lâche dans le deuxième tome de ses mémoires, Le Temps présidentiel en librairie cette semaine. Pour la première fois, Jacques Chirac n’élude rien de ses relations avec celui qui a été son ministre de l’Intérieur. Et c’est parfois tranchant pour celui que le retraité de l’Elysée décrit comme «nerveux, impétueux, débordant d'ambition, ne doutant de rien et surtout pas de lui-même», selon les extraits mis en ligne par lepoint.fr et les bonnes feuilles publiées par lenouvelobs.com.

Et l’inimitié remonte loin, au moins à la campagne présidentielle de 1995, quand Nicolas Sarkozy avait choisi Balladur contre Chirac. Trois mois avant le premier tour, «l’affaire des terrains de Vigneux», visant la belle-famille de Chirac éclate. «Il m’a toujours manqué la preuve qu’elle avait été initiée par le ministère du Budget (Nicolas Sarkozy à l’époque), comme on me l’assurait. Mais cette affaire montée de toutes pièces ne me paraissait évidemment pas étrangère à la campagne présidentielle», écrit Jacques Chirac.

«Destructeur pour nos institutions»

Le Corrézien revient également sur l’épisode des sumos, quand Nicolas Sarkozy l’avait attaqué sur sa passion. «Réagir à cela, du moins publiquement, ne pouvait que conduire à un affrontement auquel, je persistais à le penser, il n'eût pas été digne de se prêter», assure Jacques Chirac. «Devais-je dans ce cas prendre une décision plus radicale, comme on me le conseillait? Il m'est arrivé de m'interroger à ce sujet», relate-t-il encore.

Autre description de Nicolas Sarkozy par l’ex-président de la République: «Il a une qualité indéniable: celle d'avancer toujours à découvert. Ses ambitions présidentielles sont vite devenues transparentes, à peine est-il arrivé Place Beauvau, quitte à paraître anticiper quelque peu sur des échéances qui n'étaient pas immédiates. Mais je me suis aussitôt refusé à entrer dans le rapport de forces qu'il tentait d'établir entre nous, considérant que celui-ci ne pouvait être que destructeur pour nos institutions.»

«Les désagréments d’une nouvelle cohabitation»

Jacques Chirac explique également pourquoi il n’a jamais pu nommer Nicolas Sarkozy à Matignon, comme le principal intéressé le réclamait et comme le lui conseillait même… Dominique de Villepin, à l’époque secrétaire général de l’Elysée. «Le risque (…) serait de me trouver très vite confronté à un chef de gouvernement prompt à affirmer son autonomie, voire à me disputer mes propres prérogatives, sans s’interdire de paraître déjà briguer ma succession. Bref, de subir les désagréments d’une nouvelle cohabitation…», explique l’ancien chef d’Etat.  «La confiance ne se décrète pas mais c’est une nécessité impérative. Or, il subsiste trop de zones d’ombres et de malentendus entre Nicolas Sarkozy et moi pour que ces conditions soient pleinement remplies», écrit-il. Et de conclure par cette phrase: «J’ajoute, et c’est le plus important, que nous ne partageons probablement pas la même vision de la France.»

Dernière vexation rapportée par Jacques Chirac, au soir du 6 mai 2007. Jacques Chirac est à l’Elysée avec Bernadette et son petit-fils Martin pour écouter le discours du vainqueur de la présidentielle et guetter «secrètement le moment où il citera sans doute le nom de celui auquel il s’apprête à succéder, ou même le remerciera du soutien qu’il lui a apporté». «Mais ce moment ne viendra jamais. Pour ma part, je m’abstiens de manifester la moindre réaction. Mais au fond de moi je suis touché, et je sais désormais à quoi m’en tenir».