Chez les Verts, Hulot et Joly commencent à batailler

POLITIQUE La «primaire» commence lundi...

Reuters

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Nicolas Hulot et Eva Joly lors de la manifestation contre les gaz de schiste, le 10 mai 2011 à l'Assemblée nationale.
Nicolas Hulot et Eva Joly lors de la manifestation contre les gaz de schiste, le 10 mai 2011 à l'Assemblée nationale. — AFP PHOTO PATRICK KOVARIK

La bataille des écologistes français pour la candidature à la présidentielle a débuté samedi avec fracas à leur congrès de La Rochelle (Charente-Maritime) par une passe d'armes entre les deux principaux postulants, Nicolas Hulot et Eva Joly.

L'idée d'un partenariat avec l'ancien ministre de l'Environnement centriste Jean-Louis Borloo, 56 ans, évoquée par l'ex-animateur de TF1 Nicolas Hulot, puis relativisée samedi, a été fustigée par l'ex-magistrate Eva Joly, 67 ans, pour qui son rival s'est discrédité.

Le sujet a éclipsé l'élection comme secrétaire nationale d'Europe Ecologie-Les Verts de Cécile Duflot, qui était déjà acquise par un vote interne la semaine dernière.

Elle devait être confirmée dans la soirée par les délégués après une fusion entre les «motions».

Ce parti, créé en novembre dernier par l'union de diverses branches écologistes, espère une percée en 2012 sur la lancée du score historique de 16,28% aux européennes de 2009.

Eva Joly juge impensable tout rapprochement avec Jean-Louis Borloo. «Je n'envisage pas de m'allier avec le meilleur élève de Nicolas Sarkozy. Borloo voulait être le Premier ministre de Sarkozy. Ce qu'a fait Nicolas Hulot, pour moi, le disqualifie», a-t-elle dit aux journalistes.

Cécile Duflot, déjà en place depuis 2006 chez les Verts, a également écarté catégoriquement l'option Borloo à son arrivée au congrès.

«La position d'Europe Ecologie-Les Verts est très claire: aucune alliance avec aucun représentant de la majorité présidentelle quel qu'il soit, fut-il sympathique», a-t-elle dit, estimant que Nicolas Hulot s'était montré en parlant de cette option «un peu ramolli en fin de soirée».

Nicolas Hulot rectifie le tir sur Borloo

Après de premières déclarations vendredi où il disait avoir pensé dans le passé à un tandem avec Jean-Louis Borloo pour 2012, Nicolas Hulot a réitéré samedi sa préférence pour un partenariat avec les socialistes, tout en cultivant l'ambiguïté.

«On aime bien dans notre pays pouvoir mettre les gens dans des colonnes. Je me reconnais spontanément depuis longtemps dans les valeurs de la gauche», a-t-il dit à Reuters.

«Pour autant, ce qui va m'intéresser si je suis choisi comme candidat, c'est de faire en sorte d'aller convaincre des gens d'où qu'ils viennent», a-t-il ajouté.

Il ne semble toujours pas écarter l'idée d'un rapprochement avec Jean-Louis Borloo, si celui-ci fait un pas.

Popularité versus crédibilité

Nicolas Hulot avait animé en 2007 le «Grenelle de l'environnement», ensemble de promesses de réformes écologistes du début de la présidence Sarkozy que les écologistes jugent aujourd'hui trahies.

Eva Joly, qui veut faire campagne pour une «transformation de la société», a moqué à son arrivée au congrès la popularité de son rival, vedette de la télévision. «C'est assez courant de confondre popularité et crédibilité», a-t-elle dit.

La «photo de famille» que les deux candidats et Cécile Duflot ont offert aux photographes avait donc des airs crispés.

La primaire commence officiellement lundi à Toulouse avec un premier débat. Les citoyens approuvant les valeurs écologistes et prêts à payer au moins dix euros voteront électroniquement à partir du 15 juin et par correspondance.

Les résultats du premier tour seront proclamés le 29 juin, avec un second tour éventuel jusqu'au 12 juillet.

Les candidatures doivent être connues dimanche soir. Il devrait y avoir au moins un troisième candidat, Stéphane Lhomme, du réseau «Sortir du nucléaire», qui a dit samedi à Reuters disposer des parrainages nécessaires.

Dans un entretien au Monde, le député européen Daniel Cohn-Bendit, qui a boudé le congrès après sa défaite pour le leadership du parti face à Cécile Duflot, avertit ses camarades que l'espace politique pourrait être réduit en 2012.

Il faut penser, répète-t-il, à un abandon de la candidature présidentielle en contrepartie d'une négociation avec le PS pour avoir un groupe parlementaire. «Ma crainte, c'est qu'on se retrouve, quel que soit le candidat à la présidentielle, à 3%».