Sortie du nucléaire: la décision allemande relance le débat en France

NUCLEAIRE Le gouvernement réaffirme sa position pour le maintien du nucléaire mais les opposants veulent suivre l'exemple allemand...

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Vue générale de la centrale nucléaire de Gravelines prise le 08 Janvier 2003.
Vue générale de la centrale nucléaire de Gravelines prise le 08 Janvier 2003. — AFP/ PHILIPPE HUGUEN

La France est inflexible. Malgré la décision allemande de quitter le nucléaire, le gouvernement s'oppose à cette mesure, face à des socialistes divisés et sous la pression de leurs partenaires écologistes, qui font d'un adieu à l'atome le préalable à tout accord électoral. Le Premier ministre François Fillon a affirmé lundi à Strasbourg que la France «respecte la décision allemande», mais que ça n'est «pas le choix» fait par le gouvernement français, qui juge que cette énergie constitue une «solution d'avenir».

«La France a fait depuis un demi-siècle le choix du nucléaire, qui produit aujourd'hui 80% de l'électricité en France», a dit pour sa part le ministre de l'Industrie, Eric Besson, dans un communiqué. «Ce choix reste pertinent, parce que la France a acquis ainsi une forte indépendance énergétique, elle dispose ainsi d'une électricité 40% moins cher que dans la moyenne des autres pays européens. Les ménages allemands par exemple paient leur électricité deux fois plus cher», a-t-il ajouté. Une position soutenue par le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé.

Une décision qui complique la donne au Parti socialiste

A l'aube des primaires et des négociations avec les écologistes, la décision d'Angela Merkel va compliquer la donne au Parti socialiste. Son porte-parole, Benoît Hamon, a plaidé pour que la question soit tranchée par un «arbitrage du peuple français» au moment de l'élection présidentielle. «Des nuances existent au PS sur cette question», a-t-il reconnu. La première secrétaire et probable candidate aux primaires, Martine Aubry, avait déclaré après Fukushima: «Personnellement, je pense qu'il faudra sortir du nucléaire et je le redis.»

Candidat déclaré, François Hollande préfère «aller vers une réduction de la part du nucléaire» mais il estime qu'en sortir n'est «pas aujourd'hui la réponse». Et le débat a repris dès lundi au sein du PS. Son numéro deux, Harlem Désir, veut envisager «la sortie progressive du nucléaire». «Tous les gouvernements successifs ont souscrit à cette politique énergétique, je pense qu'il en sera de même à l'avenir, même si je crois nécessaire le développement des énergies renouvelables et alternatives», a estimé au contraire le président socialiste de la Commission des Finances de l'Assemblée, Jérôme Cahuzac, un temps proche de DSK.

Les écologistes posent la sortie du nucléaire comme condition d’un accord

A quelques jours de leur Congrès à La Rochelle, les responsables d'Europe Ecologie-Les Verts (EE-LV) ont au contraire trouvé un sujet d'accord en saluant la décision d'Angela Merkel, contrainte à un nouveau rapport de force avec des écologistes puissants qui contrôlent désormais le très riche Land du Bade-Wurtemberg. Cécile Duflot et Eva Joly (EE-LV) ont rappelé que la sortie du nucléaire serait la «condition absolue d'un accord avec d'autres formations politiques comme le Parti socialiste» pour «pouvoir envisager de gouverner ensemble». Daniel Cohn-Bendit a lui salué lundi la décision de l'Allemagne où il a été élu, appelant à un «grand débat» en France sur le sujet, avant référendum.

«La France ne peut pas s'affranchir de sa dépendance au nucléaire dans un délai rapproché», affirme pour sa part l'ex-Premier ministre, Dominique de Villepin, qui souhaite un débat à l' «horizon 2050» qui soit tranché «par le peuple français par référendum».