Nicolas Hulot: «J'aimerais que la primaire déborde largement le cercle des sympathisants et des adhérents»

INTERVIEW A un mois de la primaire écologiste, Nicolas Hulot essaye de convaincre à l'intérieur d'Europe Ecologie - Les Verts, mais aussi à l'extérieur du parti...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Nicolas Hulot à Sevran, le 20 mai 2011, en campagne pour la primaire EELV.
Nicolas Hulot à Sevran, le 20 mai 2011, en campagne pour la primaire EELV. — AUDREY CHAUVET / 20MINUTES

En campagne avant la campagne: Nicolas Hulot, déclaré candidat à la primaire écologiste pour l’élection présidentielle, ne ménage pas ses efforts pour rattraper sa rivale Eva Joly lancée depuis près d’un an sur le chemin de l’élection. Son passé télévisuel, qui le crédite d’un capital sympathie certain auprès des Français, suffira-t-il à compenser ce qu’il appelle lui-même ses «lacunes» sur les sujets sociaux ou économiques? Si les militants d’Europe Ecologie - Les Verts (EELV) auront le dernier mot, le candidat essaye de convaincre le plus grand nombre de personnes de participer au choix du candidat écologiste pour 2012.

La campagne pour les primaires d’Eva Joly a démarré en août dernier, comment comptez-vous rattraper votre retard?

Il n’y a pas de recette miracle et c’est pour ça que je souhaitais retarder les primaires. Il faut du temps pour établir une relation de confiance avec les sympathisants et les militants, d’autant plus que la singularité de mon parcours peut prêter à interrogation. Mais j’ai le sentiment très net que les réponses que j’apporte aux questions légitimes des militants font tomber un certain nombre de préjugés.

Qu’est-ce qui vous a décidé à vous présenter?

Il y a un conformisme culturel qui considère que l’enjeu écologique est optionnel, marginal ou conjoncturel, alors que pour moi c’est une condition. J’ai conscience que le monde politique traditionnel n’évoluera pas spontanément plus loin sur ces sujets-là. Si on avait du temps pour que les choses se fassent naturellement, j’aurais continué à agir par le biais des associations, mais je pense maintenant que la France peut jouer un rôle d’accélérateur et de détonateur sur ces sujets.

Les gens vous reconnaissent à cause d’Ushuaïa, de la télé, ça vous pèse?

Pas du tout! Je suis conscient qu’un capital de sympathie et de confiance n’est pas un réservoir de voix, mais ça permet de rentrer dans le débat et la proposition. Ça met les gens dans un état d’esprit favorable, à moi ensuite d’avoir les arguments qu’il faut.

Paradoxalement, ce qui vous attire ce capital sympathie est aussi ce qui peut susciter la méfiance en interne à EELV?

C’est ce qui déclenche une forme de méfiance, de réserve chez certains, voire parfois de l’animosité. La notoriété, c’est une somme de préjugés positifs et négatifs, que vous passez votre temps à corriger. Je ne m’en étonne pas et je dis aux militants et sympathisants de me choisir, ou pas, pour ce que je suis et ce que je pense, et non pas pour ce qu’on me fait dire ou ce qu’on pense que je suis.

Vous pensez que le compromis trouvé par les co-opérateurs EELV, à savoir une participation de dix euros pour voter à la primaire, permettra d’ouvrir suffisamment le corps électoral?

Je peux comprendre que dix euros, ce ne soit pas une petite somme pour certains, mais ce qui est important c’est que tous les Français qui s’intéressent à la politique et à l’écologie, même de loin, sachent qu’il y a des élections ouvertes à tout le monde, et qu’on peut encore s’inscrire en allant sur le site Web des primaires. J’aimerais que ça déborde largement le cercle des sympathisants et des adhérents pour être assez nombreux et pouvoir peser demain sur les politiques publiques et les choix de la société.

Vous pensez être capable de rassembler tous les écologistes?

J’ai démontré dans le passé avec le pacte écologique, qui a rassemblé pas loin d’un million de personnes, que je suis capable de faire converger des gens qui sont pour l’instant à l’écart. J’arrive à analyser les verrous qui empêchent de s’intéresser à ces sujets et je pense que la pédagogie n’est pas incompatible avec la politique.

Comment se passent les relations avec Eva Joly en ce moment?

On en a peu, simplement parce qu’elle a sa campagne, moi la mienne, le temps nous est compté. C’est important de montrer qu’entre nous il n’y a pas d’animosité, qu’on peut avoir des différences d’appréciation, mais il faut apaiser le débat et rappeler que ce qui est important, c’est le projet que l’on porte, la vision que l’on a de la société. De toute façon, j’aurai besoin d’elle, elle aura besoin de moi et l’écologie a besoin de notre unité.

Dans quinze jours c’est le congrès d’EELV, vous soutenez une motion?

Non. Je respecte le fonctionnement du parti, mais je suis là pour une campagne et pour essayer de non seulement préserver mais consolider l’unité de cette formation, parce qu’aucun candidat ne pourra faire une bonne campagne sans unité du parti. Je dis simplement que j’ai construit une relation de confiance avec Cécile Duflot et j’aime les gens qui ne nous enferment pas dans un personnage ou dans un parcours. Cécile a acté que j’avais cheminé sur beaucoup de sujets.

C’est une nouvelle carrière qui commence pour vous quel que soit le résultat de la primaire?

Je n’en sais rien. Pour l’instant, toute mon énergie est mobilisée pour cette campagne présidentielle, avec la détermination de participer à créer une alternative politique et non pas une alternance. Mon horizon s’arrête pour l’instant aux législatives, après on verra.