De notre correspondant à Los Angeles

Dominique Strauss-Kahn, un homme à femmes ou un prédateur sexuel?, demande ABC News. Dans l'attente des résultats des tests ADN et de l'audience de vendredi, les médias anglo-saxons se penchent –à nouveau– sur cette «exception cul-turelle» française, ou, comme l'appelle le New York Times, ce «code du silence» qui règne dans les médias sur les aventures extra-conjugales des hommes politiques.

En Amérique, l'affaire dérange. Surtout qu'elle a été précédée d'un épisode, en 2008, avec la brève relation entre DSK et une employée hongroise du FMI. «Il s'est excusé, sa femme a pardonné 'un coup d'un soir' et la page a été tournée», rappelle Frank Kauffman, de In the media. Et d'expliquer qu'un homme politique américain aurait été forcé de démissionner, après une humiliante conférence de presse.

Vie privée et copinage

Car les politiques français n'ont pas le monopole de la braguette ouverte. De Bill Clinton à Eliott Spitzer, leurs homologues américains exploitent régulièrement le vieil adage «le pouvoir est un aphrodisiaque», souligne le Wall Street Journal. Mais ce qui dérange les Anglo-saxons, c'est que les journalistes français sont en général au courant –ça jase beaucoup dans les salles de rédactions – mais rien ou presque ne parvient jusqu'à la Une (fille cachée de Mitterrand, séparation Royal/Hollande etc).

«Dans les rédactions, tout le monde savait», attaque le New York Times. Le Guardian interroge, lui, de nombreux patrons de presse français. Le sentiment général est qu'une page a été tournée, que les journaux ne peuvent plus «donner l'impression de couvrir des affaires privées à conséquences publiques».

«Culture macho»

Pourquoi une telle différence entre les deux cultures journalistiques? Selon un vieil adage, un journaliste d'investigation américain rêve de faire tomber un homme politique tandis que le Français préfère être invité à sa table. «Les journalistes français confondent peut-être bienveillance et lâcheté», suppute In the media, tandis que le Telegraph tempère, rappelant que les lois hexagonales sur la vie privée sont parmi les «plus dures» d'Europe.

La BBC voit, elle, dans le phénomène un signe «de la culture macho» française. En substance, le roi avait des concubines, les hommes politiques, des maîtresses. La National review conclut: «Si les accusations» contre Dominique Strauss-Kahn «n'étaient pas si graves, la situation, so French, ferait sourire.» Mais des accusations de «tentative de viol» choquent. Même en France.