Dominique Strauss-Kahn inculpé: Le PS cherche le bon ton, Aubry tient la barre

POLITIQUE Un délicat pas de deux pour le parti qui ne peut et ne veut lâcher l'un des siens mais qui refuse aussi de se laisser aspirer par l'affaire...

Maud Pierron
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Martine Aubry, avant une conférence de presse au siège du Parti socialiste, le 17 mai 2011.
Martine Aubry, avant une conférence de presse au siège du Parti socialiste, le 17 mai 2011. — M. EULER / AFP

«Depuis que je travaille ici, je n’ai jamais vu ça», souffle un permanent du PS, mardi midi, dans la cour du siège du Parti socialiste, rue de Solferino à Paris. «Ça», ce sont les dizaines de journalistes, médias étrangers compris – américains et européens notamment – qui campent à l’entrée du parti pour attendre l’arrivée des responsables socialistes participant au bureau national exceptionnellement avancé à midi ce mardi pour parler de l'affaire DSK.

Les nerfs à vifs. En arrivant avec une vingtaine de minutes d’avance, Martine Aubry a la mine des mauvais jours. Elle s’accroche même avec des journalistes qui lui réclament une réaction préliminaire dans une cohue impressionnante. En vain, elle file immédiatement. Laurent Fabius, lui, a rappelé le mot d’ordre en vigueur au PS à son arrivée: «Il faut de la retenue et de l’unité» vu la «situation terrible sur le plan humain» et «difficile sur le plan politique». L’ex-premier ministre, comme la majeure partie des participants, prendra soin de cloisonner les deux volets: l’affaire privée, qui sonne tout le monde, et ses conséquences politiques.

Car c’est à un exercice délicat et compliqué que doit se livrer le Parti socialiste qui, sans vouloir lâcher «Dominique», lequel «n’a pas encore eu la parole» et ne l'aura pas avant vendredi, a souligné Ségolène Royal en arrivant au siège du PS, doit préparer l’avenir et surtout ne pas l’injurier si la procédure judiciaire visant le toujours patron du FMI et futur-ex favori des primaires socialistes prend une mauvaise tournure.«C’est wait and see» au moins jusqu’à vendredi, jour du grand jury, nous explique-t-on.

«Unité, responsabilité, combativité»

Alors que François Hollande est entré par une porte dérobée, Bertrand Delanoë, Vincent Peillon, Marie-Noëlle Lienneman, Manuel Valls ou Henri Emmanuelli, sont eux, passés sans dire un mot aux journalistes. Ils ont retrouvé Martine Aubry pour un bureau national assez bref, d’une grosse demi-heure. Que se sont dit les socialistes? «Unité, responsabilité, combativité: voilà les trois mots qui sont revenus le plus ce matin», a rapporté à l’issue de la réunion Martine Aubry lors d’une conférence de presse pour laquelle, faute de places, les journalistes ont été triés comme en boîte de nuit. CNN, qui souhaitait y assister, s’est vu refuser l’entrée. «Pas de presse étrangère», rapporte dépitée une consoeur d’une chaîne espagnole.

«J'ai souhaité réunir l'ensemble des responsables socialistes» car «nous avions besoin de nous retrouver dans un moment douloureux, pour l'un d'entre nous et pour nous tous», a explicité Martine Aubry pour une courte déclaration qui n’a pas été suivie de questions. «Nous savons ce qu'attendent les Français, il fallait rappeler le cap», a-t-elle expliqué à la presse. «Je vous le dis très simplement, nous serons au rendez-vous de 2012.»

2012, tous les socialistes l’ont en tête au moment où leur champion vacille et ils ne veulent pas se faire aspirer par la spirale judiciaire «violente» à un an de l’échéance. D’où l’urgence de montrer, dire et répéter que «le PS est au service de la France, les Français peuvent compter sur les socialistes», selon Jean-Marc Ayrault qui assure «que les primaires auront lieu aux dates prévues», que le «PS est prêt à prendre ses responsabilités», a renchéri Gérard Collomb. «Le PS est là, la situation est la même qu’avant le week-end», a même lâché Alain Vidalies. Il a assuré que «la feuille de route n’a pas changé», la preuve, Martine Aubry n’a pas annulé la réunion publique prévue mardi soir à Bordeaux pour promouvoir le projet sur lequel les militants doivent voter jeudi. Ce soir, des images prouveront que le PS est toujours concentré sur les problèmes des Français. Et le député des Landes d’ajouter: le parti «ne peut pas être dépendant» de ce qui se passe à New York.

Martine Aubry en sauveuse

«Le PS est évidemment touché par cette catastrophe, néanmoins nous sommes très nombreux à ne pas accepter que cette affaire soit utilisée contre nous», a lâché Arnaud Montebourg, sur les marches de la rue de Solférino. Si «l’unité est réelle, profonde et sincère», le PS doit «rebondir», «travailler» et «préparer 2012», a demandé le candidat aux primaires.     

Si Martine Aubry reste d’une extrême prudence sur le cas DSK, ses soutiens se cachent à peine pour la pousser à endosser le rôle de candidate légitime à la primaire. Disant son «plaisir» à voir les socialistes «capables d’être ensemble à la hauteur de la situation» et unis, il a expliqué à quelques journalistes que «Martine Aubry est le symbole de ce rassemblement». Benoît Hamon, le porte-parole du PS et chaud partisan d’une candidature aubryste, a, lui, expliqué que dans «cette tourmente politique», Martine Aubry est «un point de stabilité, notre référent dans un moment où nous sommes confrontés à une situation extraordinaire au sens littéral du terme».

Claude Bartolone, est allé plus loin ce mardi matin, en expliquant: «Je crois que dans une période délicate comme celle-là, alors qu'il n'y a pas de différences politiques entre les uns et les autres, on saura dire ‘évitons-nous un moment difficile supplémentaire et rassemblons nous derrière celle qui a la légitimité pour incarner ce rassemblement, c'est-à-dire la première secrétaire du Parti socialiste’». Pour Martine Aubry, ce n'est «pas le moment». Jusqu'à quand?