Procès Clearstream: Renaud van Ruymbeke se fait l'avocat de Jean-Louis Gergorin

JUSTICE Le juge croit à sa «bonne foi»...

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Le juge Renaud van Ruymbeke arrive au tribunal de Paris, le 16 mai 2011.
Le juge Renaud van Ruymbeke arrive au tribunal de Paris, le 16 mai 2011. — M.FEDOUACH / AFP

Tout comme en première instance, le juge Renaud van Ruymbeke a déclaré ce lundi, devant la cour d'appel de Paris, qu'il croyait à «la bonne foi» de Jean-Louis Gergorin, soupçonné d'être à l'origine de l'affaire Clearstream.

Rencontres secrètes chez un avocat

«Tout commence en avril 2004», raconte le juge d'instruction qui enquêtait alors sur le dossier des frégates de Taïwan, où «500 millions de dollars se sont évaporés en Suisse», sous forme de pots-de-vin. «Le climat est très lourd» dans ce dossier «car il y a des morts suspectes, (...), l'impasse est totale.» Via un avocat, Me Thibault de Montbrial, Jean-Louis Gergorin entre en contact avec le magistrat, auquel il promet du nouveau sur les frégates. Le vice-président d'EADS se dit alors «en danger de mort. Ce que je peux comprendre», ajoute le juge.

Suivent alors trois rencontres secrètes chez l'avocat, durant lesquelles Jean-Louis Gergorin va lui parler «de comptes-miroirs». Ensuite, il lui fera parvenir quatre courriers anonymes, assortis de listings bancaires. «Je l'ai trouvé extrêmement brillant, intellectuellement», rapporte Renaud van Ruymbeke, qui fait l'objet de poursuites disciplinaires depuis cette affaire. On lui reproche notamment d'avoir tu l'identité du corbeau. «Je sentais bien qu'il y avait des éléments troublants» dans les listings, reconnaît le magistrat, mais «il m'a paru très convaincu».

«J'ai été naïf, oui»

«J'ai été naïf, oui, a-t-il reconnu, mais sur le plan purement rationnel, pourquoi Jean-Louis Gergorin aurait exigé de me rencontrer et m'aurait adressé des listings avec des numéros de compte dont je vais pouvoir vérifier la fausseté ou la véracité? Il faut être fou! (...) Si quelqu'un vous mène en bateau, il ne va pas se montrer», il ne va pas donner les arguments «pour se faire fouetter». Et s'il ne l'a pas dénoncé, c'est pour respecter «la foi du Palais», car il s'était engagé, auprès de son avocat, à préserver son anonymat.

Dans la matinée, l'ancien responsable de l'Intelligence économique, Alain Juillet avait témoigné que «par moments, Jean-Louis Gergorin n'était pas rationnel». «Comme dirait mes enfants, il avait pété un câble». La cour devra déterminer si l'énarque s'est laissé embarquer par le mathématicien Imad Lahoud ou s'il a lui-même fait ajouter sur les listings Clearstream des noms, dont celui de Nicolas Sarkozy, afin de les discréditer.