Polémique sur le RSA: La majorité divisée

Catherine Fournier

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Le Premier ministre François Fillon (à g.) et le patron de l'UMP François Copé arrivent au restaurant pour déjeuner, le 6 mai 2011 à Paris.
Le Premier ministre François Fillon (à g.) et le patron de l'UMP François Copé arrivent au restaurant pour déjeuner, le 6 mai 2011 à Paris. — AFP PHOTO/PATRICK KOVARIK

Rien ne va plus au sein de la majorité. Laurent Wauquiez, a jeté un pavé dans la mare dimanche, en proposant de réformer le RSA pour lutter contre «l’assistanat», ce «cancer de la société française». Si la réforme de Martin Hirsch a toujours fait grincer des dents à droite, l’argumentaire du ministre des Affaire européennes, emprunté au discours de l’extrême droite, en a heurté plus d’un. Depuis, la majorité s’écharpe sur le sujet, contraignant Nicolas sarkozy à intervenir ce mercredi, pour recadrer une fois de plus ses troupes. «Le chef de l’Etat a perdu son leadership idéologique à droite, ce qui a libéré les forces centrifuges», analyse Stéphane Rozès, politologue, directeur de l’Institut CAP. Alors qui dit quoi sur le sujet? 20Minutes fait le point.

Du côté des gaullistes

Les propos de Laurent Wauquiez ont naturellement heurté la frange gaulliste du gouvernement, à commencer par  François Fillon. Ce dernier a sévèrement recadré son ministre lors du petit déjeuner de la majorité mardi à l’Elysée. Le Premier ministre a été suivi par Alain Juppé (Affaires étrangères), et par l’une de ses fidèles, Roselyne Bachelot. Concernée au premier chef, Laurent Wauquiez ayant marché sur ses plates-bande, la ministre des Solidarités a contredit à deux reprises, chiffres à l’appui, les déclarations de son collègue.

Les Sarkozystes

Xavier Bertrand est l’un des seuls à avoir soutenu, timidement toutefois, Laurent Wauquiez. Le ministre de la Santé a jugé que ces propositions allaient «dans le sens de la promotion de la valeur travail». Et pour cause. Xavier Bertrand avait activement soutenu l’idée de faire effectuer des heures de travail d’intérêt aux bénéficiaires des minima sociaux, défendue en 2007 par… le candidat Nicolas Sarkozy. Selon Le Figaro, Xavier Bertrand serait contre aujourd’hui, préférant privilégier les contrats aidés. Ménagerait-il la chèvre et le chou ? «C’est un tacticien», répond Stéphane Rozès.

Nadine Morano, fidèle de la première heure du Président, n’a pas hésité pour sa part à condamner les propos et la méthode de Laurent Wauquiez, qui s’est ainsi écartée de la stratégie définie à l’avance par l’Elysée et Matignon. Nicolas Sarkozy a dit peu ou prou la même chose ce mercredi.

Les centristes

Le centriste Marc-Philippe Daubresse, secrétaire général adjoint de de l'UMP et proche du patron des Radicaux Jean-Louis Borloo, n’a guère apprécié de voir son sujet récupéré ainsi. Il est en effet en charge d'une mission confiée par Nicolas Sarkozy sur cette question et animera, le 8 juin, une convention UMP sur la «justice sociale». «A ma connaissance, on n'a confié aucune mission à des personnes qui expriment des positions très à droite sur ce sujet», a-t-il déclaré au Point.fr

Jean-François Copé

Représentant une tendance à lui tout seul au sein de l’UMP, et souhaitant, selon Stéphane Rozès, «s’installer dans le noyau dur de la droite», Jean-François Copé  a plutôt soutenu l’initiative de Laurent Wauquiez, loin d’être son ami. «Il ne peut pas y avoir de débat interdit au sein de l'UMP», a-t-il lancé lors de son point de presse hebdomadaire. «De toute façon, ce sujet aurait été abordé dans le cadre des conventions de l'UMP (...) et ce débat aurait existé le 8 juin», a-t-il fait valoir. En coulisses, l’entourage du patron de l’UMP se montrerait plus sévère avec le ministre des Affaires européennes, le taxant «d'opportuniste». Laurent Wauquiez, c’est «36 15 j'existe», aurait ironisé un proche de Copé, selon Le Monde. Ambiance.