Ségolène Royal peut-elle refaire le coup de 2007?

DECRYPTAGE La candidate socialiste dispose-t-elle des mêmes armes qu'il y a cinq ans pour percer? 20Minutes analyse ses points forts et ses faiblesses...

Anne-Laëtitia Béraud

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Ségolène Royal, présidente socialiste de la région  Poitou-Charentes et candidate à la primaire du PS pour la  présidentielle, prononce un discours, le 29 mars  2011, à la mairie du 4e arrondissement à Paris, à l'occasion de l'Université  populaire participative sur la justice.
Ségolène Royal, présidente socialiste de la région Poitou-Charentes et candidate à la primaire du PS pour la présidentielle, prononce un discours, le 29 mars 2011, à la mairie du 4e arrondissement à Paris, à l'occasion de l'Université populaire participative sur la justice. — AFP PHOTO PIERRE VERDY

Sondages à la traîne, délaissement apparent des médias, Ségolène Royal n’aurait plus la cote. L’ancienne candidate socialiste à la présidentielle de 2007 est-elle capable de renverser la vapeur? Tour d’horizon par 20Minutes.

Ce qui joue en sa défaveur :

L’effet de surprise. En 2007, la présidente de la région Poitou-Charentes avait su manier parfaitement cet élément. «Elle apportait une fraîcheur, une nouveauté face aux éléphants du Parti socialiste», remarque Gaël Sliman, de BVA Opinions. Une fraîcheur accentuée grâce à son image de femme «hors du système», et surtout hors du PS.  En 2011, cette image a vieilli. Ségolène Royal semble être entrée dans les rangs de son parti: de nombreuses propositions du projet du PS pour 2012 sont issues de ses idées, du pacte présidentiel de 2007, de sa contribution «Combattre et Proposer» présentée aux socialistes au Congrès de Reims en 2008, mais aussi des idées nées des campagnes des régionales.

La perte des soutiens. «Depuis deux ans, les sondages sur la popularité et les intentions de vote de Ségolène Royal sont bas. Elle est largement dépassée par Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry, et aujourd’hui François Hollande, ce qui constitue une nouveauté», souligne Gaël Sliman. Une baisse de popularité «qui s’explique par son image de diviseuse», ajoute le sondeur.  «Ségolène Royal est largement impopulaire car elle n’a pas réussi le rassemblement de la gauche après 2007, alors qu’elle disait vouloir rénover le PS», continue Gaël Sliman

Son manque de crédibilité. L’ex-candidate à la présidentielle fait toujours l’objet d’un procès pour incompétence sur les sujets économiques. La crise économique et financière mondiale renforce cette image. «En période de crise et face à DSK, qui est au Fonds monétaire international et qui possède une expérience tant internationale que nationale, Ségolène Royal apparaît clairement en dessous», analyse Jean Guarrigues. «Elle a l’image de quelqu’un qui n’a pas grand chose à dire sur ces sujets, car elle a axé sa communication en 2007 sur des sujets sociétaux, mais aussi sur l’affectif, en jouant le rôle d’une madone», continue Gaël Sliman. 

«L’embouteillage des candidatures», pour Jean Guarrigues. Pour l’historien, professeur à l’université d’Orléans, Ségolène Royal s’est déclarée trop tôt: «Son intérêt politique aurait été une déclaration de candidature le plus tard possible, en jouant sur l’essoufflement de l’espoir porté sur Dominique Strauss-Kahn, et les bisbilles entre François Hollande et Martine Aubry. Elle serait apparue comme la femme providentielle.»

Enfin, contrairement à 2006, cette année, une entente plus ou moins cordiale est affichée entre les candidats aux primaires socialistes. Les responsables du parti évitent à tous prix de provoquer le clash qui pourrait profiter à Ségolène Royal. En ligne de mire: éviter de lui donner des éléments pour en faire une victime. 

Ce qui joue en sa faveur:  

Sa combativité. C’est une évidence pour tous les candidats à l’élection présidentielle, mais sans pugnacité, Ségolène Royal ne serait aujourd’hui plus dans la course. «Elle en a envie, elle a la foi», déclare Gaël Sliman, «et cette envie, on ne la voit pas forcément chez les autres candidats, comme François Hollande», ajoute le sondeur. De plus, pendant que le directeur du FMI est exilé outre-atlantique, privé de parole, Ségolène Royal multiplie les opérations de terrain, polisse son image de femme de terrain, notamment dans sa région Poitou-Charentes. Une image proche des Français qui peut à terme lui permettre de remonter les sondages. 

L’effet de surprise. Zoom sur 2008, lors du Congrès de Reims, où chacun –classe politique et commentateurs – s’attendait à ce que la motion de Ségolène Royal soit battue à plate couture. Faisant mentir toutes les prévisions, la motion de Bertrand Delanoë, grand favori, fut dépassée par celle de Ségolène Royal. Les surprises sont donc possibles avec la socialiste. 

Sa capacité de nuire. «La gauche a besoin d’elle pour gagner, même si elle est toujours impopulaire, c’est une femme qui comptera pour 2012. Quelque soit le candidat de la gauche, il aura besoin de son soutien», affirme Gaël  Sliman. 

Sa capacité à lancer des débats. «Rappelons que Ségolène Royal a été un grand élément de rénovation du PS», appuie Jean Guarrigues. « C’est elle qui a fait avancer le parti sur les sujets de la laïcité, de la sécurité, du respect». Sa capacité à «sortir» les sujets à gauche lui donne un avantage sur les autres candidats. 

Ses «super-partisans». Enfin, son dernier atout réside en ses «super-partisans», selon la formule de Gaël Sliman. Des «afficionados» de Ségolène Royal, qui sont très actifs sur tous les nouveaux moyens de communication et les réseaux sociaux. Son blog vient d’être réactivé début avril, tandis que le site Désir d’avenir est prolifique, organisant notamment des «universités populaires et participatives» à partir d’idées lancées par les internautes.