Cinq ans après, que reste-t-il des promesses sociales de Sarkozy?

POLITIQUE Le chef de l'Etat s'est rendu ce mardi dans les Ardennes, près de cinq ans après son discours à «la France qui souffre», alors qu'il était candidat à l'élection présidentielle...

Anne-Laëtitia Béraud

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Le président de la République Nicolas Sarkozy lors de son intervention à l'Assemblée des maires des Ardennes, à Renwez, le 19 avril 2011.
Le président de la République Nicolas Sarkozy lors de son intervention à l'Assemblée des maires des Ardennes, à Renwez, le 19 avril 2011. — AFP PHOTO / ERIC FEFERBERG

Le 18 décembre 2006, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur et candidat à l'élection présidentielle, tenait à Charleville-Mézières un discours important adressé à «la France qui souffre», introduisant son slogan de campagne «travailler plus pour gagner davantage».

 Ce mardi, le président de la République est revenu dans les Ardennes, où il a visité une usine avant de rencontrer des élus locaux. Ce retour dans ce département est l’occasion de dresser les réussites et les échecs de plusieurs promesses annoncées par le Président en 2006. Tour d’horizon par 20Minutes. 

>> La vidéo du discours de Nicolas Sarkozy à Charleville-Mézières en décembre 2006


Discours de Charleville-Mézières par ump 

Je propose de donner aux Français la possibilité de s'endetter davantage pour investir» (38’01)

Depuis la crise économique et financière, l’idée de l’endettement des ménages pour relancer la croissance a pris du plomb dans l’aile. Les crédits renouvelables («revolving») et leurs abus ont notamment fait l’objet d’une loi sur la réforme sur le crédit à la consommation.

- «Je propose que les heures supplémentaires soient exonérées de charges sociales et même d'impôts» (38’55)

La promesse a été tenue. La loi TEPA «en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat» d’août 2007 a permis l'exonération des heures supplémentaires. En 2007, la ministre de l’Economie Christine Lagarde a déclaré que le coût des heures supplémentaires était de six milliards d’euros par an pour l'Etat, soit «plus de la moitié du coût global» du projet de loi, estimé entre 10 à 11 milliards d'euros et à «13,6 milliards d’euros en régime de croisière».

Je propose qu'on bascule sur une fiscalité écologique une partie des charges qui pèsent sur le travail» (40’00)

La fiscalité écologique était au programme du Grenelle de l'environnement. Mais les mécanismes mettant en place la taxe carbone ont progressivement visé les particuliers plus que les entreprises. La taxe carbone a été annulée par le Conseil constitutionnel en décembre 2009.

Je propose (…) la création d'un contrat de travail unique, à durée indéterminée, à droits progressifs» (40’30)

L'idée d'un contrat de travail unique, proposé par Dominique de Villepin, alors Premier ministre, puis reprise par Nicolas  Sarkozy a été abandonnée. 

Je n’accepterai pas sur le sol de la République française (…) des femmes battues, des femmes prisonnières» (50’10)

Selon les chiffres de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) entre 2008 et 2009, les déclarations de femmes battues ont enregistré une hausse de 15%: 654.000 femmes déclarent avoir subi des violences, physiques ou sexuelles en 2009. Indicateur en légère baisse : le nombre de femmes tuées par leurs conjoints ou ex-conjoints: 140 femmes en 2009 contre 156 en 2008. Ces violences en hausse sont pourtant médiatisées. Sous l’impulsion d’un collectif d’associations, la lutte contre les violences faites aux femmes était désignée «grande cause nationale 2010» par le Premier ministre, François Fillon.

Je propose l'immigration choisie, qui est une immigration partagée. Je propose l'immigration choisie qui répond aux besoins et aux moyens du pays d'accueil et à ceux du pays d'origine» (51’04)

L’immigration choisie passerait aujourd’hui, pour la majorité, par une baisse de l’immigration légale, selon le ministre de l’Intérieur Claude Guéant. Quant à Xavier Bertrand, le ministre du Travail s’est déclaré favorable à la formation des chômeurs dans les métiers dits «en tension», plutôt qu’aux immigrés. Quant aux besoins du pays d’origine, le thème n’est pas évoqué par la majorité.

Je veux que, d'ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid» (53’00)

Promesse irréalisable? Depuis le début de l’année 2011, 82 personnes sont mortes dans la rue, selon le collectif les Morts dans la rue.

Je veux que, d'ici cinq ans, les universités soient en mesure de loger leurs étudiants» (53’30)

Des efforts ont été faits dans cette politique de politique de construction du logement étudiant: En 2010, 30 000 chambres supplémentaires sont prévues en trois ans, selon le ministère de l'Enseignement supérieur. Valérie Pécresse a également indiqué très récemment que «Le plan Anciaux de 2004 prévoit la réhabilitation de 70 000 chambres et la construction de 50 000 autres d'ici à 2014».

Ici, nous inventerons la métallurgie du futur» (57’43)

La désindustrialisation s’est poursuivie dans les Ardennes. Selon l'Union des maires des Ardennes, le département des Ardennes a perdu 3351 emplois salariés depuis dix ans et plus de 20% de ses effectifs dans le secteur industriel. «La situation de la vallée de la Meuse avec la fermeture, par Idéal Standard, de l'usine Porcher et le licenciement de ses 148 salariés est l'exemple le plus cruel de cette mort lente», a précisé Claudine Ledoux, maire PS de Charleville-Mézières.