Séparation Centristes/UMP: «Chacun pousse ses pions»

INTERVIEW C'est ce qu'affirme Arnaud Mercier, politologue, professeur à l'université de Metz...

Anne-Laëtitia Béraud

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Jean-Louis Borloo lors de l'émission «A vous de juger», sur France 2, le 7 avril 2011.
Jean-Louis Borloo lors de l'émission «A vous de juger», sur France 2, le 7 avril 2011. — AFP PHOTO LIONEL BONAVENTURE

Risque de fractionnement «mortifère» pour Gérard Larcher, président du Sénat, regrets de la part d’Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, et de Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP… Le départ de Jean-Louis Borloo a fait grand bruit. Au risque de déstabiliser durablement le parti de la majorité. Le politologue Arnaud Mercier analyse les conséquences de ce divorce pour 20minutes… 

Avec ses divisions, l’UMP se dirige-t-elle vers sa mort?

Non, certainement pas, la fin de l’UMP n’est pas à l’ordre du jour. On peut dire plutôt que l’idéal qui a prévalu à la création de l’UMP a du plomb dans l’aile. Le voeu de fédérer toutes les droites dans un grand parti, à l’image de ce qui se fait en Allemagne ou en Espagne, est mort. Mais cela ne veut pas dire que le label UMP va disparaître. 

Comment analyser le départ de Jean-Louis Borloo?

La question est de savoir si son départ de l’UMP est une vraie rupture ou non. Il y a en jeu des intérêts électoraux. D’un point de vue tactique, cela peut être bénéfique pour les centristes de proclamer leur autonomie, avant de revenir vers l’UMP pour les élections législatives et négocier favorablement des postes. 

Et pour l’élection présidentielle de 2012?

Concernant cette élection, l’attitude des centristes évoluera en fonction de ce que fait Nicolas Sarkozy. S’il réussit à redresser la tête dans les sondages, les centristes pourraient revenir vers lui, environ six mois avant la présidentielle, pour le soutenir. Si, au contraire, le Président continue à subir cette image dégradée, les centristes utiliseront le premier tour de l’élection comme une primaire, en proposant leur candidat. 

Néanmoins, l’intérêt des centristes n’est pas d’être trop farouches dans la rupture, car l’UMP les sert, ils ont besoin de rester alliés avec le parti présidentiel. Et l’UMP a besoin des centristes, car ils peuvent grignoter des points essentiels à la réélection de Nicolas Sarkozy. On peut dire qu’aujourd’hui, chacun pousse ses pions. 

Est-ce que la «droitisation» de l’UMP, qui a provoqué le départ de Jean-Louis Borloo, est durable?

Il y a une vraie difficulté tactique à l’UMP. Les positions du parti qui tendent vers le Front national sont problématiques, car elles font partir les centristes. La question est donc: «Jusqu’où peut-on aller sans aller trop loin?» En adoptant ces positions, on peut créer un «acte politique lourd», comme l’a défini Jean-Luc Parodi.

Ces actes lourds sont gravés dans la mémoire des Français de manière négative. Pour Nicolas Sarkozy, ce sont par exemple le dîner au Fouquet’s le soir de son élection, ou encore le bouclier fiscal, qui lui ont donné l’image d’un président pour les riches. Aujourd’hui, cette posture politique de droitisation, créée avec le discours de Grenoble, peut coller défavorablement à la peau du président de la République.