Yazid Sabeg: «Le débat de l'UMP confond manquements à la laïcité et questions d'ordre public»

INTERVIEW Le Commissaire à la diversité et à l'égalité des chances a répondu aux questions de «20Minutes»...

M.G., avec T.S et B.D.

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Yazid Sabeg, Commissaire à la diversité et à l'égalité des chances, dans les locaux de «20Minutes», le 4 avril 2011.
Yazid Sabeg, Commissaire à la diversité et à l'égalité des chances, dans les locaux de «20Minutes», le 4 avril 2011. — S. Ortola / 20Minutes

Selon Claude Guéant, «l’accroissement du nombre de fidèles musulmans pose problème». Ce genre de déclaration complique-t-elle votre mission?

Non ça ne la complique pas. Il y a une erreur d’appréciation historique dans cette déclaration du ministre. L’islam est la deuxième religion de France depuis 1830 et notre pays est plus familier qu'on ne le dit avec l’islam. Ce que dit Claude Guéant c’est que certains comportements, supposés ou réels, peuvent choquer ou gêner des Français. Quand il y a des gens qui prient dans la rue, qui bloquent une chaussée, oui, ça peut constituer une gêne. Mais ce n’est pas insoluble. Cela n'appelle pas fatalement  un grand débat national ou la mobilisation du parlement sur ces sujets qui en outre ne résultent pas d'une revendication collective mais de cas particuliers ou ponctuels.  On ne doit pas, comme à  la veille des régionales en 2004 (loi sur les signes ostentatoires), retomber dans  l'électoralisme. On a fait une loi et il n’y a pas moins de voiles dans la rue.

Le débat sur la laïcité de l’UMP vous paraît donc inopportun?

Il est inopportun parce qu'il y a une confusion: on invoque des manquements à la laïcité alors qu'il s'agit surtout de questions d'ordre public qui peuvent être réglés par la simple appliquation des lois de la République. On parle de pression pour de la nourriture hallal dans les restaurants scolaires, mais je n’ai jamais eu connaissance de cas avérés. On me dit que des familles juives ou musulmanes souhaitent des horaires de piscine non mixtes et reserves. Et pourquoi pas? Dans la mesure où il ne s'agit pas d'une prescription religieuse qui interdit la mixité, c’est aux élus locaux d’apprécier l'opportunite ou la praticabilite de plages horaires de non-mixité.

De plus, un débat doit  pondérer les points de vue et pas seulement ne faire place à ceux qui sont les plus extrémistes. En ce moment, le climat est épouvantable avec la surenchère alimentée par certains chroniqueurs qui, au nom de la liberté d’expression, manquent de tout sens moral et ne respectent aucune valeur. Je pense que l’écueil pour Jean Francois Copé, c’est que tout cela au total nourrisse les extrêmes que nous devons combattre.

Pensez-vous que ce contexte a favorisé la poussée du FN?

L’électorat du FN est très disparate mais je crois qu’il exprime un mécontentement profond, une déception quant à l’action gouvernementale. Si l’on persiste dans cette stratégie d’éviction en ne parlant que de l’islam, même les aspects positifs de l'action gouvernementale seront encore plus occultés.

Ce débat intervient au moment du «printemps» des peuples arabes. Comment analysez-vous l’action de la diplomatie française dans cette région?

Remettre ces questions sur la table en France alors qu’il y a une immense espérance démocratique dans les pays arabes est illogique. Ce débat affecte l’image de la France à l’étranger. Pour la France, les pays arabes sont un  partenaire économique plus important que l’Allemagne. L'enjeu est colossal et j’espère que nos intérêts ne seront pas affectés par ce qui est en train de se passer en France. Il faut une diplomatie plus active, qui ne parle pas au monde arabe seulement d’anti-terrorisme et de flux migratoires, mais aussi de développement et de progrès. Il ne faut  pas négliger nos relations bilatérales avec le Maghreb qui est le seul endroit du monde où nous sommes encore une grande puissance.

Avez-vous pensé à démissionner?

Non, parce que je n’ai jamais eu le sentiment que le président avait renoncé à sa politique en faveur de l’égalité des chances. Je n’ai pas non plus eu récemment de conversation sur ce sujet avec lui. Mais j’ai mon poids spécifique, mon rôle spécifique et je dis ce que je pense.

On a parlé de votre nomination à la tête d’Areva. Est-ce quelque chose qui vous a été proposé?

Je réserve ma réponse pour le jour où la succession serait ouverte. Je connais bien le secteur, j’y ai fait une partie de ma carrière et j'ai bien sur un point de vue de citoyen sur le sujet. Ce qu’il se passe au Japon risque d’éroder le socle de confiance envers cette énergie. Mais quelle autre énergie pour l’avenir, pour avoir une source abondante à faible coût et qui affecte peu le climat? Le secteur nucléaire comporte un risque majeur mais il n’y a pas d’industrie sans risque. C’est un sujet compliqué.

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