Affaire Crédit Lyonnais: Bernard Tapie conteste un rapport «partial»

ENQUETE La Commission des finances a critiqué le règlement de l'affaire entre le Crédit Lyonnais et Tapie...

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Bernard Tapie, en février 2010, à Paris.
Bernard Tapie, en février 2010, à Paris. — MEIGNEUX/SIPA

Il contre ataque. L'ex-homme d'affaires Bernard Tapie a indiqué ce vendredi à l'AFP avoir écrit au président de la commission des Finances de l'Assemblée, Jérôme Cahuzac, pour contester un rapport «partial» qui dénonce le compromis d'arbitrage entre lui et le Crédit Lyonnais signé en 2008. Il a également jugé «absolument impossible» qu'une mention ait été ajoutée dans ce compromis permettant aux époux Tapie d'empocher un record de 45 millions d'indemnités au titre du «préjudice moral», comme Cahuzac l'affirme dans l'avant-propos d'un rapport d'information rendu public jeudi.

«C'est incroyable»

Après des années de bataille judiciaire dans le feuilleton Tapie/Crédit Lyonnais sur fond d'affaire Adidas, un «tribunal arbitral» avait condamné en 2008 le Consortium de réalisation (CDR, gérant le passif de la banque) à verser 285 millions de réparations à Tapie. Confirmant la teneur de sa lettre publiée par le site internet du Figaro, il a dénoncé un rapport «partial» qui «ne tient aucun compte des éléments à décharge».

«Ma lettre dit qu'à aucun moment dans son rapport Cahuzac ne fait mention des choses jugées définitivement alors que le tribunal administratif s'est prononcé. C'est incroyable!», a-t-il ajouté. Selon lui, «la version de Cahuzac en gros, c'est: M. Sarkozy, président de la République, dit à M. Rocchi, président du CDR: il faut faire plaisir à mon ami Bernard Tapie . Et en même temps pendant qu'on y est, il a dû appeler Bredin, et Mazeaud.»

L'arbitrage avait été rendu par l'ancien président du Conseil constitutionnel, Pierre Mazeaud, l'avocat Jean-Denis Bredin, et l'ancien président de Cour d'appel, Pierre Estoup. «Sauf que Bredin et Mazeaud ont montré qu'on ne pouvait pas» les contraindre à faire ce qu'ils ne voulaient pas, a poursuivi Bernard Tapie.

«Préjudice moral»

Dans l'avant-propos du rapport, Cahuzac évoque le possible ajout d'une mention «préjudice moral» dans le compromis d'arbitrage qui «se révélera très favorable aux époux Tapie et très coûteuse pour les finances publiques: jamais l'indemnisation d'un préjudice moral n'a été fixée à ce niveau-là (45 millions d'euros)».

Le président du CDR, Jean-François Rocchi, l'une des personnes visées par le rapport, a démenti. «C'est absolument impossible, a affirmé pour sa part Bernard Tapie. Chaque fois que mes liquidateurs proposaient quelque chose, ça devait être validé par le juge commissaire et le CDR vérifait. Chaque fois que le CDR acceptait ça devait être validé par le conseil d'administration et les liquidateurs vérifiaient», a-t-il fait valoir.

«Là où il y a confusion, c'est que ce n'est ni les liquidateurs ni le CDR qui pouvaient dire le préjudice moral sera de tant et le préjudice économique sera de tant. Ce sont les arbitres qui ont décidé», a-t-il ajouté. La décision du tribunal arbitral avait soulevé une vive polémique dans le monde politique, qui avait rebondi en septembre 2010 lorsque Le Canard enchaîné avait affirmé que Bernard Tapie empocherait effectivement 210 millions d'euros de l'Etat et non entre 20 et 50 millions, comme l'avait assuré deux ans plus tôt la ministre de l'Economie, Christine Lagarde.