Fillon s'émancipe encore un peu plus, au risque de s'isoler

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Par ses prises de position sur le FN puis au sujet du débat sur la laïcité, François Fillon s'est encore un peu plus émancipé du chef de l'Etat à 13 mois de la présidentielle, au risque d'apparaître désormais cerné entre l'axe droitier Copé-Sarkozy et le centre de Jean-Louis Borloo.

Lundi, la sortie d'un de ses proches, Etienne Pinte, a fait étincelle. Le Premier ministre est "très mal à l'aise" avec le débat sur la laïcité, prévu le 5 avril par l'UMP, a affirmé le député des Yvelines.

Le parlementaire était-il en service commandé? "Ca n'est pas le genre" de la maison, a assuré à l'AFP l'entourage de François Fillon.

Mais moins d'une semaine après l'appel du Premier ministre à "contrer le FN" lors du second tour des cantonales -en contradiction avec la ligne édictée par l'Elysée et le parti-, cette déclaration a semblé ulcérer Jean-François Copé.

Sur un plateau de télévision, le patron de l'UMP a accusé M. Fillon d'être dans "une posture" et de "ne pas jouer collectif".

Etienne Pinte a répliqué le premier, réclamant la "démission" de M. Copé, avant que François Fillon lui-même ne tente de recadrer le secrétaire général de l'UMP lors d'une réunion mardi à l'Elysée.

Rapidement, un cessez-le-feu a été decrété.

Mais l'incident a marqué, comme le prouve la médiatisation faite à l'annonce de la non-participation de François Fillon au débat sur la laïcité, une décision prise de longue date et en accord avec M. Sarkozy, selon Matignon.

Six mois après avoir souligné que le chef de l'Etat n'était pas son "mentor", cet épisode a surtout été interprété dans l'opinion comme un nouvel acte d'émancipation du Premier ministre, même si son entourage s'en défend.

"Il n'y a aucune prise de distance (avec le président), ça n'est pas dans sa façon de faire", insiste ce proche de François Fillon.

FN, laïcité, il "a suggéré en creux une distanciation avec Nicolas Sarkozy sur ces sujets. A la Fillon", affirme au contraire Gaël Sliman, de BVA.

"Cela pourrait être pris comme une trahison", poursuit M. Sliman. "Mais c'est au contraire perçu comme en cohérence avec ses convictions et comme une stratégie plus pertinente que celle suivie par Nicolas Sarkozy", note-t-il.

Dans un sondage BVA diffusé mardi, M. Fillon voit sa cote de bonnes opinions gagner huit points (à 51%), une hausse imputée par l'institut à l'"appel clair au Front républicain".

Le politologue Philippe Braud va plus loin.

"Le clash avec Copé semble montrer que François Fillon commence à prendre confiance en son destin", juge-t-il. "C'est quelqu'un qui médite longuement, (...) et il paraît clair qu'en se démarquant de Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé, il creuse le début d'un sillon" vers la présidentielle.

Selon M. Braud, "c'est à la fois le moment et le terrain".

La voie est pourtant étroite pour le Premier ministre. A sa droite, Jean-François Copé, qui vise ouvertement 2017, colle à la ligne du chef de l'Etat. A sa gauche, Jean-Louis Borloo, le perdant du remaniement de novembre, mijote toujours sa revanche. Et MM. Copé et Borloo ne manquent pas d'afficher leurs cordiales relations.

Pire pour le chef du gouvernement, si adulé des parlementaires qu'ils avaient imposé sa reconduction triomphale à Matignon à l'automne: il ne fait plus l'unanimité parmi les députés UMP, dont certains évoquent une "cassure".

Dans l'entre-deux tours des cantonales, Claude Goasguen s'était même fait menaçant. "Il ne faut pas que le Premier ministre oublie que les députés UMP ont beaucoup oeuvré" pour son maintien. "S'il le fallait, on le lui rappellerait".