Droite populaire : quand les ultras de l'UMP se posent en rempart face au FN

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Le collectif des 44 députés UMP de La Droite populaire, formé il y a quelques mois pour "droitiser" la majorité face à la poussée de Marine Le Pen, a connu mercredi une petite consécration en étant reçu par le Premier ministre, François Fillon, à Matignon.

"On lui a expliqué notre positionnement, qui n'est pas de courir derrière l'extrême droite mais d'être nous-mêmes", a déclaré à la sortie de Matignon l'un des 44, Lionnel Luca (Alpes-Maritimes), réclamant de M. Fillon qu'il soit "plus mordant".

Les membres du collectif se définissent comme des "gaullistes" - voire des "anarchistes de droite" - en mission de reconquête des électeurs UMP sensibles aux sirènes du Front national.

"Nation", "sécurité", "politique familiale", sous la bannière du drapeau tricolore, le collectif, lancé le 14 juillet 2010, est animé par des élus du Sud-Est comme M. Luca, confrontés dans leur fief à un FN au plus haut depuis les années 1980.

C'est aussi le cas du cofondateur, Thierry Mariani, ex-député du Vaucluse devenu ministre. "Après les régionales, tout le monde disait que la présidentielle de 2012 se jouerait au centre. Au contraire, le curseur a bougé à droite", assure-t-il.

"Il est incontestable que nous sommes une digue face au FN", poursuit M. Luca, qui veut "éviter que les électeurs de l'UMP restent chez eux et que quelques-uns franchissent le pas vers le Front".

"On aime la Nation et on ne veut pas en laisser le monopole à l'extrême droite. On vient du gaullisme, pour la plupart, ou du libéralisme", proclame-t-il.

"Si la droite avait toujours été la droite, et si les gaullistes avaient toujours été gaullistes, le FN n'existerait pas", ajoute Christian Vanneste (Nord).

Le collectif, qui se réunit chaque semaine, a choisi un mode de fonctionnement très souple, sans bureau ni instances précises. "On est des anarchistes de droite : il n'y a pas de chef", plaisante Lionnel Luca.

Sur le fond, le collectif se pose en défenseur de ces "petits" que vise aussi Marine Le Pen : "La Droite populaire veut que le gouvernement se concentre sur les classes moyennes. Taxer les profits pétroliers et maîtriser le prix de l'énergie est une exigence".

Pour marquer leur différence par rapport aux centristes, les "44" surfent sur les thèmes identitaires. Mercredi, le Sénat a d'ailleurs tempéré leur zèle en retoquant leur amendement qui supprimait l'automaticité de l'acquisition de la nationalité pour les jeunes étrangers de 18 ans.

"La messe n'est pas dite après le vote du Sénat", croit savoir Jacques Myard, après la réception chez M. Fillon.

La sécurité est au coeur de leurs préoccupations. "Dans ma circonscription, quand un Français me lance : +Monsieur le député, je ne peux plus sortir à 17H00+, je me dis qu'il faut des parlementaires profondément républicains qui s'approprient ces questions", argue Elie Aboud.

En plein débat sur la laïcité, le collectif a auditionné mercredi à l'Assemblée un aumônier militaire qui dénonce des "dysfonctionnements" bafouant selon lui les principes de laïcité au sein de l'armée française en Afghanistan, au nom d'"une crainte presque servile de déplaire à l'islam"...

Droite populaire espère peser sur le programme de l'UMP 2012. "C'est une réponse à une réflexion de Borloo, qui a dit : +La Droite populaire n'a pas de projet+", lance Christian Vanneste. "On pèse au moins autant que les radicaux !", proclame Thierry Mariani.

Un haut responsable parlementaire UMP qualifie les 44 "d'activistes": "Le groupe UMP est déséquilibré par la Droite populaire. C'est mortel !".