Prostitution: le gouvernement veut punir les clients

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Pour lutter contre la prostitution, le gouvernement envisage de punir les clients des prostituées, une position saluée par les associations qui demandent aussi l'abandon du délit de racolage passif, jugé "hypocrite" et "inique".

Entendue mercredi par la mission d'information de l'Assemblée nationale sur la prostitution, la ministre des Solidarités et de la cohésion sociale, Roselyne Bachelot, a déclaré "très solennellement" être "favorable à la pénalisation du client", que la loi ne permet pas actuellement de poursuivre.

"Je veux le dire sans ambiguïté : contrairement à ce que d'aucuns voudraient nous faire croire, il n'existe pas de prostitution libre, choisie ou consentante. (...) L'achat d'un acte sexuel correspond à la mise à disposition du corps des femmes pour les hommes, indépendamment du désir de celles-ci", a-t-elle déclaré.

La mission rendra mi-avril ses conclusions qui "pourraient donner lieu à une proposition de loi", mais "elle ne sera pas votée et appliquée avant 2012", selon la ministre.

Les députés songent à instaurer, comme en Suède, des amendes pour les clients, proportionnelles à leurs revenus, voire des peines de prison.

On estime à environ 20.000 le nombre de personnes qui se prostituent en France. 70 à 80% sont des femmes, les clients étant en quasi totalité des hommes.

La prise de position de la ministre mercredi a été unanimement saluée par les associations oeuvrant dans le secteur. "Ca va dans le bon sens", se réjouit Claire Quidet, du Mouvement du Nid.

"A un moment, il faut que la société place des limites. On n'achète pas un acte sexuel", qui "doit être en-dehors du champ du marché", a-t-elle martelé.

Le Centre national d'information sur les droits des femmes et des familles (CNIDFF) est également "très favorable à un futur projet de loi visant à punir les clients, que nous appelons depuis longtemps de nos voeux", déclare sa directrice générale, Annie Guilberteau.

Mais les associations demandent aussi la suppression de la loi sur le racolage passif, instaurée en 2003 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, et visant uniquement les prostituées.

Cette loi "a eu une relative efficacité pour diminuer la présence des personnes prostituées dans les rues. Ca fait sans doute plaisir aux riverains. Mais ça ne fait que cacher le problème", dénonce Claire Quidet, qui la juge "hypocrite".

Pour Mme Guilberteau, "c'est une loi totalement inique qui officialise le renversement des responsabilités, en considérant les prostituées non pas comme des victimes, mais comme des délinquantes".

"Son abandon serait souhaitable, d'autant qu'elle ne protège pas les victimes de la prostitution", qu'elle a chassées des villes vers des zones isolées, plus dangereuses, tout en favorisant la prostitution sur internet, ajoute la directrice du CNIDFF.

Le ministère de Mme Bachelot n'est pas sur la même ligne, estimant que "c'est une bonne loi qui est venue utilement compléter l'arsenal permettant de lutter contre la prostitution".

De toute façon, explique une source gouvernementale, "la loi sur le racolage passif sera certainement supprimée l'an prochain, lorsqu'il faudra se conformer aux directives européennes demandant d'être vigilant sur le fait que les prostituées ne soient pas victimes d'une double peine", prostitution et prison.

Claire Quidet, elle, se prend à imaginer "une évolution des mentalités pour qu'un jour, chacun juge archaïque et ahurissant de payer pour un acte sexuel".

Mais en attendant, se désole-t-elle, "il y a une vraie complaisance de la part de la société, certains disent: +interdire aux hommes de voir des prostituées, c'est ahurissant+".