Ségolène Royal, la stratégie de la discrétion ?

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Entrée en fanfare dans la course aux primaires socialistes fin novembre, Ségolène Royal est restée discrète, voire silencieuse depuis plusieurs semaines. Choix délibéré, assurent ses partisans. Candidate hors-jeu, murmurent les autres.

"Je suis tournée vers les Français", assène l'ex-candidate à l'Elysée, qui laboure le terrain loin de Paris, pour, selon ses proches, "être à l'écoute et travailler les dossiers sur le fond".

"J'ai choisi aujourd'hui de ne pas mêler ma voix au débat interne (socialiste), je crois que les Français veulent qu'on s'occupe d'eux", a déclaré mardi soir Mme Royal, présente à Paris pour présider une "université populaire" sur la justice.

"J'ai dit ce que j'avais à dire et je redirai le moment venu le sens de (ma) candidature, au moment du dépôt" officiel des candidatures à l'investiture socialiste pour la présidentielle, en juin, a-t-elle ajouté.

Le contraste est cependant frappant entre le début de sa campagne fracassante, et la discrétion observée depuis un mois.

Fin novembre 2010, la présidente de Poitou-Charentes annonce sa candidature aux primaires, prenant l'état-major socialiste par surprise et suscitant un gros intérêt médiatique.

A partir de là, Mme Royal multiplie déplacements et interventions sur tous les sujets, occupe le terrain. Toujours entourée d'une nuée de journalistes, elle vole régulièrement la vedette à ses rivaux, particulièrement à la première secrétaire du PS, Martine Aubry.

Pugnace, culottée, elle affirme un jour qu'elle veut "succéder à François Mitterrand", envisage une autre fois de faire du patron du FMI Dominique Strauss-Kahn son Premier ministre.

Mais les sondages ne décollent pas. Elle assure n'en avoir cure.

Mi-février, elle part aux Antilles, voyage peu médiatisé - seuls trois journalistes l'accompagnent . Depuis, c'est l'éclipse. Ségolène Royal s'est repliée sur son fief de Poitou-Charentes, intervient essentiellement sur des questions locales, se tient à distance.

Si elle effectue toujours un déplacement par semaine - objectif qu'elle s'était fixé au début de sa campagne -, les grands medias nationaux ne la suivent plus.

"Ségolène a disparu des medias parce que les medias et les sondeurs ont conclu qu'elle était foutue", résume abruptement le sociologue Dominique Wolton. "Vous décidez de ne plus la couvrir, et ensuite vous vous demandez pourquoi elle n'est plus dans les médias!", s'amuse-t-il.

"Tout se passe comme si un charme était rompu. Elle a eu une succession de mauvais sondages et a disparu du paysage des candidats susceptibles de gagner la primaire socialiste", estime le politologue Frédéric Dabi (Ifop), rejoint dans cette analyse par le politologue Gérard Grunberg, pour qui "la campagne de Ségolène Royal n'a pas pris, c'est comme si son heure était passée".

La cote de popularité de Ségolène Royal atteint 53% chez les sympathisants socialistes contre plus de 80% pour Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry et François Hollande. Dans les sondages sur les intentions de vote à la présidentielle, elle est la seule à ne pas battre Nicolas Sarkozy au premier tour.

Rue de Solférino, où l'on s'était employé en décembre à minimiser la candidature irritante de Mme Royal, on affecte désormais la bienveillance. "Les nouvelles sont positives, Ségolène Royal contribue au projet", déclarait le porte-parole du PS Benoît Hamon, interrogé lundi sur la discrétion de la candidate aux primaires.

"En politique, on n'est jamais mort. Méfions nous de vouloir enterrer les gens trop tôt", rappelait récemment sur France Inter l'homme d'affaires Pierre Bergé, qui a soutenu Mme Royal en 2007.