Entre cantonales, FN et débat sur l'islam, Ramadan au coeur d'une polémique française

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L'intellectuel musulman suisse Tariq Ramadan s'est invité vendredi au coeur d'une polémique française qui a contraint la patronne du PS Martine Aubry, signataire avec lui d'un appel contre le débat UMP sur l'islam, à se rétracter sous les attaques de la droite.

Tariq Ramadan s'est dit "surpris" que la Première secrétaire du PS, Martine Aubry, et l'ex-Premier ministre Laurent Fabius aient retiré leur signature de cet appel publié dans le Nouvel Observateur, pour ne pas figurer à ses côtés.

"En voyant le PS agir de la sorte, et en voyant l'UMP instrumentaliser ces thèmes (ndlr: de la laïcité et de l'islam), on se dit que si les deux voulaient se mettre d’accord pour donner une voie royale à Marine Le Pen, ils ne s'y prendraient pas autrement", a estimé Tariq Ramadan.

Au passage, il s'en est également pris au ministre de l'Intérieur Claude Guéant, accusé d'aller "trop loin", et a reproché au président Nicolas Sarkozy de mener "une ouverture vers l'extrême droite et le populisme".

"Je trouve vraiment ridicule d'enlever sa signature parce qu'untel ou untel a signé", a pour sa part déclaré l'eurodéputé Europe Ecologie-Les Verts Daniel Cohn-Bendit, lui-même signataire de cette pétition qui demande à l'UMP de "renoncer au débat" sur la laïcité et l'islam annoncé le 5 avril.

L'UMP avait attaqué la veille Mme Aubry pour avoir signé cette pétition, accusant le PS d'avoir "perdu son âme".

Tentant de reprendre l'offensive, les députés PS ont répondu que Jean-François Copé, alors président du groupe UMP à l'Assemblée, avait "cautionné" Tariq Ramadan, lors de l'audition de l'intellectuel suisse devant la mission parlementaire "d'information sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national" le 2 décembre 2009.

Les députés affirment qu'ils avaient dénoncé cette "onction républicaine", en n'assistant pas à l'audition.

Mensonge, a affirmé le député Eric Raoult (UMP), rapporteur de la mission, sur la base du procès-verbal de l'audition, qui mentionne effectivement des prises de parole de quatre députés PS.

De son côté, la députée PS de Moselle Aurélie Filippetti a estimé vendredi qu'il y avait eu "une faute du Nouvel Observateur".

"Très clairement, la signature de Tariq Ramadan pose problème en soi" et l'hebdomadaire aurait dû "avertir Martine Aubry et Laurent Fabius, ainsi que tous les signataires, pour leur demander s'ils acceptaient d'être aux côtés d'un tel personnage, ce qui évidemment est extrêmement problématique", a déclaré Mme Filippetti.