Avec le "ni-ni", la stratégie présidentielle de Sarkozy sur la sellette

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La polémique qui déchire la majorité sur le "ni-ni" pour le second tour des cantonales illustre ses divisions persistantes sur la stratégie du cap à droite adoptée par Nicolas Sarkozy pour la présidentielle de 2012, critiquée de plus en plus ouvertement.

Le débat couvait depuis plusieurs mois. L'agitation qui s'est emparée de l'UMP autour des consignes de vote à appliquer pour faire barrage au Front national l'a relancé sur la place publique. Pour l'emporter en 2012, le chef de l'Etat doit-il, comme en 2007, faire la cour aux électeurs attirés par l'extrême droite ou plutôt se repositionner au centre ?

Depuis l'été dernier, Nicolas Sarkozy, qui s'était vanté d'avoir remporté la course à la présidentielle en "siphonnant" les voix du Front national, semble avoir tranché la question et choisi la voie de droite.

Première illustration avec le fameux discours de Grenoble, où le chef de l'Etat avait rapproché sans ambiguïté délinquance et immigration, et la question "rom". A l'époque, les anciens Premiers ministres Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé avaient dénoncé une "surenchère" dangereuse.

Puis ce fut le remaniement du gouvernement, avec des centristes réduits à la portion congrue. Ou le débat controversé sur l'islam et la laïcité, lancé par le patron de l'UMP Jean-François Copé. Et plus récemment la sortie de Claude Guéant sur ces Français qui "ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux". Et maintenant la querelle du "ni-ni"...

"Tout cela fait partie d'une stratégie présidentielle cohérente", relève le politologue Stéphane Rozès, président de Cap. "Elle vise à déplacer le coeur politique de la présidentielle des questions économiques et sociales, où le bilan de Nicolas Sarkozy est mauvais, vers les questions idéologiques en faisant le pari que la gauche y sera moins à l'aise".

Au sein de l'UMP, certains s'en félicitent, qui font de la reconquête des électeurs partis vers le Front national la condition sine qua non de la victoire. "J'ai toujours été pour une droite qui s'assume comme telle", répète le député du Nord Christian Vanneste, "avec l'ouverture, on a fait des risettes à la gauche et donné les fouets pour se faire battre".

Mais, comme sur l'insécurité, l'immigration ou l'islam, la ligne présidentielle est loin de faire l'unanimité. "Que de déceptions !", se lamente un ancien ministre de Nicolas Sarkozy, "on se livre à une surenchère sur l'immigration et la sécurité et on fait monter le FN, au lieu de se concentrer sur le pouvoir d'achat ou l'ascenseur social".

A un peu plus d'un an de la présidentielle, ces fractures persistantes et la dégringolade constante de la cote de popularité du chef de l'Etat nourrissent les états d'âme d'une partie de la droite.

"On est dans le trou, je vois assez mal comment on pourrait s'en sortir", se lamente un responsable de l'UMP. "Ca va être très, très difficile", renchérit un ministre, "parce qu'on ne se fait pas élire uniquement sur un projet, mais aussi sur des résultats et un bilan."

Dans ce climat, la ligne très à droite adoptée par le chef de l'Etat, qui nourrit le scénario de candidatures centristes, ne laisse pas d'inquiéter ceux qui, à droite, redoutent un "21 avril à l'envers". "Si les sondages qui le donnent battu dès le premier tour s'accumulent, ça va tanguer chez les députés de droite!", s'amuse un sénateur socialiste.

"La stratégie de Nicolas Sarkozy est très minoritaire dans la majorité", relève Stéphane Rozès, "et alimente ceux qui pensent qu'il n'est plus le meilleur candidat pour 2012". En coulisse, certains à l'UMP ont déjà commencé à agiter le scénario d'une candidature de François Fillon ou d'Alain Juppé...