FN: les centristes affirment leur différence, un oeil sur 2012

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Après les débats sur la sécurité, les Roms ou la laïcité, la polémique à droite sur la conduite à tenir vis-à-vis du FN donne aux centristes de la majorité l'occasion de se démarquer de l'UMP et une nouvelle raison de prendre leur autonomie dans la perspective de 2012.

Une "élection est l'expression d'une ligne politique, d'une éthique, d'un projet construit sur des valeurs républicaines qui sont les nôtres. Il ne peut pas y avoir d'ambiguïté pour nous", a lancé lundi Jean-Louis Borloo

Dans une déclaration solennelle, le président du Parti radical répondait ainsi au patron de l'UMP Jean-François Copé qui, la veille, avait laissé ses électeurs "libres de leur choix" en cas de duel "gauche/extrême droite" au second tour des cantonales, refusant tout "front républicain".

"Le PS n'est pas sur la même ligne, sur le même statut que le FN (...). Faire barrage au FN est évidemment indispensable", a répliqué l'ex-ministre de l'Ecologie, rappelant qu'il avait lui-même renoncé en 1992 à la présidence de la région Nord-pas-de-Calais car il avait été élu avec une voix du FN.

Dans la foulée, Hervé Morin (Nouveau Centre), Jean Arthuis (Alliance centriste), et Jean-Marie Bockel (Gauche moderne) ont également appelé à un vote républicain contre le FN.

Ces quatre leaders centristes ont engagé la construction d'une confédération et travaillent chaque semaine à l'élaboration d'un projet pour 2012, prélude à une éventuelle candidature centriste à la présidentielle.

Début mars, ils ont mené leur premier bras de fer avec l'exécutif en co-signant un amendement contre l'extension de la déchéance de nationalité aux assassins de policiers, prévue par le projet de loi sur l'immigration. Le texte a été abandonné. Le gouvernement et l'UMP ont reculé.

Cette escarmouche parlementaire faisait suite aux critiques centristes qui avaient accompagné le virage sécuritaire de Nicolas Sarkozy de l'été, la polémique sur les Roms et l'annonce d'un débat sur l'islam et la laïcité.

Pour les cantonales, l'ambiguïté de la position du chef de l'Etat et de l'UMP vis-à-vis du FN a creusé un peu plus le fossé entre le centre, traditionnellement humaniste et social, et ceux qui, à droite, chassent sur les terres de l'extrême droite. Selon Gaël Sliman (BVA), 40% de l'électorat UMP serait favorable à un rapprochement avec le FN.

"La position des dirigeants centristes est en conformité avec leur électorat qui a déjà largement quitté Nicolas Sarkozy après ses attaques sociétales sur la sécurité et l'immigration", constate Frédéric Dabi (Ifop)

Le politologue rappelle qu'à la présidentielle de 1988, une partie de l'électorat centriste avait voté Mitterrand, choqué par la prise de position de Charles Pasqua dans l'entre-deux tours reconnaissant des "valeurs communes" au RPR et à l'extrême droite.

Pour Hervé Morin, "la confusion à l'UMP révèle aujourd'hui une tentation d'une partie de ses membres à construire un scénario à l'italienne pour après 2012, qui verrait une partie de la droite populaire céder aux sirènes de l'extrême droite". "Si le +ni ni+ devait se transformer demain en alliance, les centristes devront plus que jamais se faire entendre", a ajouté l'ancien ministre de la Défense, candidat potentiel en 2012.

Jean-Louis Borloo, qui s'interroge également sur sa candidature à la présidentielle, a donné pour sa part rendez-vous après les cantonales pour "tirer les leçons de ce qui s'est passé" et fixer aux Français "un cap clair".

"Tout est bon pour se poser en s'opposant", constate M. Dabi pour qui "plus Sarkozy se déportera à droite et plus il y aura un espace au centre-droit pour un candidat du centre".