Allauch, son clocher coloré, son moulin provençal et son FN à 30%

© 2011 AFP

— 

Allauch, charmante petite ville provençale des environs de Marseille, où le chômage est bas et l'insécurité inexistante, a offert au FN 29,59% des voix au premier tour des cantonales, un score en nette progression, lié notamment à un "effet Marine Le Pen" selon les différents candidats.

Dimanche prochain, José Gonzales, candidat du FN, se retrouve au deuxième tour pour un duel face au maire-adjoint (PS) d'Allauch, Richard Eouzan (39,25%).

Si l'on se réfère au score du parti d'extrême droite lors des cantonales 2004, la croissance est réelle, tant en voix (3273, soit + 482) qu'en pourcentage (18,15% en 2004, soit 11,44 points de mieux).

Et si la référence prise est la cantonale partielle de 2008 (le sénateur-maire d'Allauch, Roland Povinelli, devait renoncer à son poste de conseiller général en raison de cumul des mandats), l'écart est alors spectaculaire: le FN décuple quasiment ses voix (341 en 2008) et enregistre une progression de plus de 25 points.

Pour M. Gonzales, il y a "incontestablement un effet Marine". "Elle est plus consensuelle, elle a du répondant, du mordant", estime-t-il, racontant avoir eu plus de facilités à distribuer ses tracts sur les marchés, plus de sourires et d'encouragements aussi.

"Je percevais que ça allait bien marcher avant le premier tour", confie le candidat, contrôleur d'exploitation aéroportuaire en retraite et installé à Allauch depuis 1975 après avoir été rapatrié d'Algérie en 1962.

Dans la commune voisine de Plan-de-Cuques qui fait partie du même canton qu'Allauch, le FN a même atteint 34,81%.

L'effet Marine Le Pen, les autres candidats l'évoquent également. M. Eouzan: "Ca fait trois semaines qu'elle passe en boucle dans tous les médias, on en a fait une star".

Pour le candidat PS comme celui du FN ou Laurent Simon, candidat UMP (16,26% des voix), Allauch-Plan-de-Cuques présente également une spécificité liée à sa géographie et à la sociologie locale.

Venus dans ces villes pour la qualité de vie (nature, bons équipements publics, habitat de qualité, calme), les habitants travaillent souvent à Marseille et y sont confrontés aux problématiques de la deuxième ville de France (zones d'insécurité, situation sociale très difficile par endroits, etc.).

Il y aurait donc, disent les candidats, une "sursensibilité" à la question de l'insécurité et une peur d'un certain déclassement face au danger que représenterait la métropole marseillaise.

Sans doute y-a-t-il eu aussi, estiment les candidats, un effet des affaires marseillaises sur le scrutin. "De l'ordre de 2 à 3%", selon M. Eouzan qui revendique sa fidélité à M. Guérini, président PS du conseil général, dont le frère, Alexandre Guérini, est mis en examen et incarcéré pour des fraudes présumées dans des marchés publics.

Dans le journal de campagne de M. Eouzan, il y a la photo de M. Guérini et un argumentaire sur l'apport du département aux deux communes (75,5 millions d'euros d'investissement depuis 1992, explique le texte).

Pour M. Simon, proche de Renaud Muselier, l'impact des affaires, "très clair" a "directement profité au Front". Sur les marchés, raconte M. Gonzales en écho, les gens l'interpellaient, disant "en avoir marre des magouilles". Ce dernier se veut confiant pour le deuxième tour, estimant que "la vague va rester" et que la "chape de plomb" pesant sur les électeurs du front a disparu.

Laurent Simon est quant à lui conforme à la ligne de son parti: "ni, ni" sauf si le candidat PS se désolidarise de M. Guérini.

M. Eouzan n'en fera rien, a-t-il dit. Il espère un "sursaut des électeurs" et un bon report des voix des deux candidats (un écologiste qui a recueilli 6,75% et le candidat du Front de Gauche, 8,15%) qui ont appelé à voter pour lui.