Première à l'Assemblée: Gremetz (ex-PCF) exclu temporairement après un esclandre

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Le député apparenté PCF Maxime Gremetz a été exclu jusqu'en mai de l'Assemblée nationale après un esclandre la semaine dernière en pleine réunion sur l'accident nucléaire au Japon, une sanction grave qui constitue une première dans les annales du Palais Bourbon.

Le bureau (organe dirigeant) de l'Assemblée a décidé mercredi "la censure avec exclusion temporaire, entraînant l'interdiction de paraître à l'Assemblée nationale jusqu'à l'expiration du quinzième jour de séance" qui suit la décision, a dit le bureau dans un communiqué.

A raison d'une moyenne de trois séances publiques par semaine, le député de la Somme ne devrait pas pouvoir revenir à l'Assemblée pendant un mois et demi. Il sera également privé "de la moitié de son indemnité parlementaire pendant deux mois", selon le communiqué du bureau.

C'est "la première fois" qu'une telle sanction est prononcée par le bureau, a-t-on indiqué à la présidence. Dans l'échelle des sanctions, il s'agit du quatrième degré sur cinq après le rappel à l'ordre, le rappel à l'ordre avec inscription au PV et la censure simple, selon la même source.

"J'ignorais l'objet de cette réunion mais, à aucun moment je n'ai été l'auteur d'une quelconque violence", s'est défendu le député dans un communiqué lu devant le bureau. Il a annoncé qu'il portait lui-même plainte contre M. Accoyer pour "diffamation" et "dénonciation calomnieuse".

Dans l'après-midi, il a trouvé porte close mercredi en arrivant au palais Bourbon et annoncé qu'il saisissait en référé le Conseil d'Etat pour "faire annuler" son exclusion.

"On m'interdit l'accès!?", a-t-il fait mine de s'étonner auprès d'un agent. "On s'attaque à qui? Au seul ouvrier de l'Assemblée nationale! Et après on s'étonne qu'aux cantonales, les gens s'abstiennent ou votent FN..." a lancé M. Gremetz, lui-même candidat au second tour dans le canton d'Amiens 4.

Coutumier des coups de sang, il avait surgi la semaine dernière en plein milieu d'une réunion sur l'accident de la centrale Fukushima au Japon, s'emportant bruyamment contre... des voitures ministérielles, mal garées selon lui. Il était revenu à la charge dix minutes plus tard et le ton était alors monté.

En 1998, il avait été condamné pour avoir pénétré avec sa voiture dans un meeting du président d'alors du conseil régional de Picardie, Charles Baur, avant d'être gracié par Jacques Chirac.

Ancien protégé de Georges Marchais, Maxime Gremetz avait démissionné en 2000 de toutes ses responsabilités au PCF, en raison de désaccords.

A la suite de l'algarade de mercredi dernier, le président (UMP) de l'Assemblée Bernard Accoyer a également porté plainte contre le député pour "menaces contre des fonctionnaires, outrage et violences".

Le porte-parole des députés PCF, Roland Muzeau, qui avait condamné l'attitude "scandaleuse et irresponsable" de M. Gremetz, a jugé mercredi la sanction "légitime".

M. Gremetz "déshonore trop souvent le groupe GDR par ses comportements" et "le groupe a décidé qu'il ne porterait plus aucun texte soumis aux députés jusqu'à la fin de la législature" en juin 2012, a dit M. Muzeau.

Selon la présidence, la dernière sanction de "censure simple", donc moindre, remonte à 1984. Elle avait été infligée à Jacques Toubon, Alain Madelin et François d'Aubert pour avoir "mis en cause le passé du président de la République" (François Mitterrand, ndlr) dans l'hémicycle, selon la présidence.

Les rappels à l'ordre sont bien plus fréquents. L'écologiste Noël Mamère a ainsi été sanctionné fin 2009 (avec inscription au PV) à la suite de l'intrusion de militants de Greenpeace dans l'hémicycle, qu'il avait saluée.