Face au FN, le PS plaide pour un "barrage", l'UMP pour le "ni-ni"

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Le PS a appelé à faire barrage au Front national au second tour des élections cantonales alors que l'UMP a choisi la voie du "ni-ni" (ni alliance avec le Front national, ni front républicain avec la gauche), ce qui met déjà les centristes mal à l'aise.

Que faire si l'un de nos candidats est absent au second tour dimanche prochain face au FN? Cette question, derrière laquelle se profile un possible 21 avril -à l'envers ou à l'endroit- en 2012, s'est vite invitée dans les états-majors. Elle n'a rien de théorique: 52 duels PS/FN sont déjà annoncés dans 36 départements, selon un décompte de l'AFP.

Dès 20H15, le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, a répondu: "Nous laisserons nos électeurs libres de leur choix, chacun comprenant que nous ne voterons pas pour le Front national".

Le maire de Meaux a même mis en garde les candidats UMP qui seraient tentés par une aventure individuelle avec le FN: "Nous serions amenés à en tirer les conséquences".

"Nous ne préconiserons pas de front républicain", a-t-il ajouté, dans une allusion à cette stratégie qui date des législatives de 1956 (une alliance centre et partis de gauche face aux menaces de la guerre d'Algérie).

La ligne de M. Copé a vite été remise en cause "à titre individuel" par des ténors de l'UMP, surtout centristes: l'ex-ministre Jean-Louis Borloo appelle ainsi à "faire barrage au FN" au second tour.

Le nouveau président du groupe UMP au Sénat, Jean-Claude Gaudin, a aussi demandé aux Marseillais "un sursaut autour des valeurs de la République".

"Pour ma part, je n'ai pas peur de prononcer le nom du front républicain. Il faut clairement appeler à voter pour le seul candidat républicain", a lancé l'ex-maire de Strasbourg et sénatrice du Bas-Rhin, Fabienne Keller.

La ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, a déclaré dimanche à l'AFP que "personnellement", en cas de duel avec un candidat FN et un candidat de gauche qui ne "soit pas extrême", elle voterait pour "faire battre le candidat FN".

"L'UMP ne peut pas appeler à voter PS aujourd'hui. Le PS s'est radicalisé", estimait dès jeudi un ex-ministre UMP, tout en ajoutant qu'à titre personnel, il voterait lui aussi pour le candidat PS dans son canton en cas de duel FN/PS.

Représentant le collectif "droite populaire", le député UMP Christian Vanneste, nuance: "Si c'est un candidat d'extrême gauche, je dirai avec force que chacun choisit le camp le plus proche de la liberté".

La consigne de vote de M. Copé a suscité de franches protestations au MoDem ("irresponsable") et au PS (M. Copé ajoute "le déshonneur à l'irresponsabilité", pour le sénateur de Paris David Assouline).

"L'UMP est très en retard par rapport à ce qui est exigé d'elle", a déclaré François Hollande, qui a affiché une ligne claire: "Entre un candidat UMP et un candidat FN, si les socialistes sont éliminés, il faut faire barrage au FN et donc voter pour le candidat UMP".

La première secrétaire Martine Aubry a aussi plaidé pour une ligne anti-FN mais sans appeler à voter UMP, préférant faire feu contre le chef de l'Etat qui, selon elle, "abîme la République. Il est pour beaucoup dans le score du Front national, mais il y a un moment où il faut savoir où l'on est".

Le strauss-kahnien Christophe Borgel a assuré que les socialistes feraient "ce qu'il faut pour qu'il n'y ait pas de conseiller général FN" au soir du second tour. En 2002, Dominique Strauss-Kahn avait été le premier à appeler à voter Jacques Chirac face à Jean-Marie Le Pen.

Quant à l'objet de tous ces tourments, Marine Le Pen, elle a rappelé que le FN avait "refusé de choisir entre Sarkozy et Royal parce que nous considérions que UMP et PS faisaient exactement la même politique depuis 30 ans".

"Il n'y a aucune raison aujourd'hui que nous changions d'avis".