Immigration: L'opposition dénonce les propos de Guéant, le FN les moque et la droite peine à les défendre

POLITIQUE Les Français «ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux» du fait d'une «immigration incontrôlée», a-t-il dit...

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Le ministre de l'Intérieur Claude Guéant le 3 mars 2011 à Paris.
Le ministre de l'Intérieur Claude Guéant le 3 mars 2011 à Paris. — AFP PHOTO/THOMAS SAMSON

Dérapage ou appel du pied? La petite phrase de Claude Guéant expliquant que les Français «ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux» du fait d'une «immigration incontrôlée» fait couler beaucoup d'encre à droite comme à gauche.

Si la Première secrétaire du PS Martine Aubry a fait part de son indignation et que le PCF s'est dit «terrifié» par ces propos, Marine Le Pen, candidate officielle du FN à la présidentielle 2012, s'est montré elle amusée, allant jusqu'à délivrer au ministre de l'Intérieur une carte de membre d'honneur au Front national.

Claude Guéant «touché par la grâce», selon Marine Le Pen

«Les Français à force d'immigration incontrôlée ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux», ou «de voir des pratiques qui s'imposent à eux et qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale», a déclaré le ministre de l'Intérieur, à la veille des cantonales. «Nos compatriotes veulent choisir leur mode de vie, ils ne veulent pas qu'on (le) leur impose», a-t-il insisté.

Le fondateur du FN Jean-Marie Le Pen a aussitôt évoqué la tentation de la récupération politique en raillant: «C'est gros comme un câble!» Pour sa fille Marine Le Pen, Claude Guéant a été «touché par la grâce». Au PS, la Martine Aubry a jugé que tenir les propos de Guéant «à trois jours du premier tour» des cantonales et «nous faire pleurer des larmes de crocodile en disant que le FN augmente, c'est vraiment se moquer des valeurs de la République».

«Un rabatteur de voix»

Et la maire de Lille, en campagne à Clichy-sous-Bois, d'ajouter: «Nous sommes fiers d'être français! Ici, on est en Seine-Saint-Denis. La France que nous aimons, c'est celle-là!» «C'est quand l'Etat n'est plus dirigé par des républicains que “les Français ne se sentent plus chez eux”», a lancé le numéro deux du PS, Harlem Désir. Au PCF, la petite phrase du ministre devenu «un rabatteur de voix» pour le FN a été jugée «terrifiante».

Un «appel à voter FN»

«Cynisme venimeux», s'est exclamée la secrétaire nationale d'Europe Ecologie-Les Verts, Cécile Duflot. «Insupportable!», s'est indigné Jean-Pierre Grand, député membre de l'UMP et proche de Dominique de Villepin. «Insupportable et surtout suicidaire», a-t-il enchaîné. Pour lui, les propos de Guéant valent «appel à voter FN, parce que les électeurs préfèrent l'original à la copie».

A l'UMP, les attaques de l'opposition ont déclenché une riposte immédiate. «Claude Guéant a tenu un langage de vérité, et relayé ce que les Français nous expriment dans nos villes, nos villages», a riposté le député Eric Ciotti. Sa collègue Valérie Rosso-Debord a déclaré ne pas être «dupe de cette connivence entre la gauche et le FN. Finalement, les silences du PS font les affaires du FN et les outrances du FN font les affaires du PS.»

Fillon ne fait pas attention «aux tournures de phrases»

Interrogé sur le plateau du «20 heures» de France 2, François Fillon a lui affirmé ne pas s'attacher «aux tournures de phrases», et a évoqué la question de l'immigration clandestine. Celle-ci «empêche l'intégration» et «exaspère nos concitoyens», a-t-il affirmé, qualifiant de «ferme» la politique du gouvernement en la matière.

Enfin, sous couvert de l'anonymat, un ténor centriste a pour sa part reconnu que Guéant n'avait «fait que reprendre la rhétorique habituelle de la droite traditionnelle et conservatrice qui fait une partie de l'électorat UMP».

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