L'Etat actionnaire hausse le ton contre la direction de Renault

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L'Etat, premier actionnaire de Renault, a haussé le ton jeudi et laissé entendre au PDG Carlos Ghosn que des têtes devront tomber à la direction du constructeur, qui s'est exonérée jusqu'ici de la gestion catastrophique du faux scandale d'espionnage au sein du groupe.

Le gouvernement veillera à ce que toutes les conséquences "en termes de responsabilités individuelles" soient tirées, ont fait savoir les ministres de l'Economie Christine Lagarde et de l'Industrie Eric Besson à l'issue d'une rencontre avec M. Ghosn.

Pour ce faire, ils attendent les conclusions d'un audit approfondi, qui doit être mené par le comité d'audit de Renault, "avec l'appui d'un tiers externe" qui n'a pas encore été choisi, selon des sources proches du dossier. Ce comité est composé de six membres du conseil d'administration de Renault et placé sous la houlette de Philippe Lagayette, administrateur indépendant.

Son but: comprendre ce qui s'est passé pour remédier aux "dysfonctionnements récemment observés au sein de l'entreprise" et revoir les procédures internes au groupe en terme de sécurité.

Ses conclusions sont attendues "à courte échéance", selon Bercy. Elles pourraient être présentées lors d'une réunion du conseil d'administration le 29 avril, au moment de l'assemblée générale, voire avant.

L'Etat, qui détient 15% de Renault, montre ainsi à la direction du groupe que le scandale de faux espionnage qui a éclaté en début d'année avec le licenciement de trois cadres haut placés n'est pas clos, malgré le mea culpa fait par M. Ghosn à la télévision lundi soir.

Le PDG, qui évoquait encore il y a quelques semaines des "preuves multiples" contre ces trois cadres, a reconnu avoir été trompé et a proposé de les réintégrer ainsi que de les indemniser.

Des excuses qui n'ont pas empêché les critiques de se multiplier, venues à la fois des syndicats mais aussi du gouvernement. Son porte-parole François Baroin a eu des mots très durs mardi, parlant d'"une affaire de Bibi Fricotin et de barbouze de troisième division".

Jeudi, Dominique Paillé, secrétaire national de l'UMP et ancien porte-parole du parti majoritaire, s'est attaqué à son tour à Renault, allant jusqu'à demander la tête de son PDG.

"Je pense que la seule solution pour que l’honneur de Renault soit sauf et que celui de Carlos Ghosn ne souffre pas, c’est qu’il démissionne", a-t-il lancé.

M. Ghosn a été pour l'instant protégé par le fait qu'il incarne à lui seul l'alliance de Renault avec le japonais Nissan, primordiale pour le constructeur français. Il n'a pas manqué d'ailleurs de souligner lundi soir, à l'issue d'un conseil d'administration exceptionnel portant sur cette affaire, qu'il avait eu son "appui unanime", c'est-à-dire celui aussi des deux représentants de l'Etat et des administrateurs salariés.

Mais il s'est beaucoup exposé dans cette affaire, en prenant la parole dans les médias pour dire qu'il existait des preuves contre les cadres licenciés, preuves qui se sont révélées inexistantes.

Son numéro deux Patrick Pélata, qui avait mis dans la balance sa démission, a également réussi à conserver son poste.

Et Christian Husson, directeur juridique et déontologue du groupe, avait également parlé de "faits très graves" menaçant des "actifs stratégiques".

M. Ghosn et M. Pélata se sont engagés à recevoir personnellement les trois cadres accusés à tort. Un quatrième homme pourrait s'y ajouter. Philippe Clogenson, ex-cadre de Renault licencié en 2009 après des accusations anonymes, demande lui aussi "réparation" au constructeur.