Alain Juppé à l'ONU pour obtenir un feu vert à un recours à la force en Libye

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Le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, se rend jeudi à l'ONU pour "obtenir le plus rapidement possible" le vote d'une résolution par le Conseil de sécurité sur la Libye qui permettra de recourir à la force contre les troupes de Mouammar Kadhafi, a annoncé son ministère.

"Compte tenu de l'urgence dans laquelle se trouve la population libyenne, notamment à Benghazi, Alain Juppé a décidé de se rendre à New York afin d'obtenir, le plus rapidement possible, le vote de cette résolution" proposée par la France, la Grande-Bretagne et le Liban, indique un communiqué du Quai d'Orsay.

"L'arrêt des violences contre les populations est un enjeu prioritaire pour la France", souligne le texte. Le projet de résolution "élargit le champ des sanctions et ouvre la voie à une utilisation des moyens nécessaires pour stopper l'offensive de Kadhafi", précise le communiqué.

Selon des diplomates à New York, le Conseil de sécurité de l'ONU doit voter jeudi sur ce projet de résolution alors que dans le même temps les troupes du chef d'Etat libyen progressent rapidement vers Benghazi, fief de la rébellion à près de 1.000 km à l'est de Tripoli.

Le Conseil de sécurité compte 15 membres dont cinq permanents (Etats-Unis, Russie, France, Grande-Bretagne, Chine) ayant un droit de veto. Il faut une majorité de neuf voix pour l'adoption d'une résolution sans exercice d'un veto.

Jusqu'à présent, la Chine et la Russie sont opposées ou réticentes à autoriser un recours à la force contre les troupes de Mouammar Kadhafi. L'Allemagne, membre non permanent, a aussi dit qu'elle était contre un recours à la force.

"La France a demandé que soit lancée la procédure qui permet le passage au vote, au Conseil de sécurité", a précisé lors d'un point-presse le ministère des Affaires étrangères. "Le projet que nous avons distribué aux autres membres du Conseil de sécurité exige un cessez-le-feu immédiat en Libye et autorise les Etats à prendre les mesures nécessaires pour protéger les populations civiles menacées, en particulier à Benghazi", a-t-il ajouté.

"Ces dispositions répondent en particulier à une demande de la Ligue arabe de protéger les populations libyennes et excluent toute force d'occupation du pays. Ce texte prévoit aussi la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne et de nouvelles sanctions contre le régime de Kadhafi", a indiqué le ministère.

La visite surprise à New York d'Alain Juppé a été annoncée peu après une communication de Berlin faisant part de l'annulation d'un déjeuner prévu ce jeudi en Allemagne avec l'homologue allemand du ministre français. Il s'agit de la deuxième annulation d'une visite d'Alain Juppé à Berlin depuis sa prise de fonctions à la mi-février.

"L'intervention de la France ne peut se faire sans un mandat du Conseil de sécurité des Nations unies" et devrait se réaliser "avec le soutien et la participation active des pays arabes", a aussi rappelé le communiqué du ministère des Affaires étrangères.

Interrogé sur l'identité de ces pays arabes, le ministère français s'est refusé à toute précision.

"S'agissant de cette deuxième condition, plusieurs pays arabes ont assuré qu'ils participeraient à des interventions dans le cadre du mandat des Nations unies", s'est borné à déclaré le Quai d'Orsay.