"Adagio, Mitterrand, le secret et la mort", une fiction en forme de méditation

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Un oreiller, un châle, des livres sont épars sur un escalier monumental où François Mitterrand est installé, malade, face à la mort: la pièce "Adagio, Mitterrand, le secret et la mort" évoque juqu'au 10 avril à l'Odéon-Théâtre de l'Europe à Paris la fin du second mandat de l'ancien président.

Derrière l'escalier, une vaste bibliothèque occupe le fond de la scène où le noir domine. L'ensemble s'apparente à l'Arc de Triomphe, au Panthéon aussi, sépulcre des "grands hommes", où François Mitterrand s'était rendu quelques jours après son élection.

Les tableaux se succèdent, au son d'un gong, avec en fond sonore des adagios joués par des musiciens qui occupent parfois le plateau tournant de la scène.

"C'est une fiction, mais une fiction qui respecte la vérité historique", selon le directeur du Théâtre de l'Odéon, Olivier Py, auteur et metteur en scène de la pièce.

"J'ai travaillé à partir des textes (de François Mitterrand), de ses discours, des archives de l'INA, à partir des biographes et puis à partir des témoignages des uns et des autres que j'ai pu rencontrer pendant deux ans pour construire un objet qui ressemble à du théâtre historique", explique Olivier PY à l'AFP.

Philippe Girard, qui interprète l'ancien président, en a pris les accents de façon saisissante. "Ce qui est important, au théâtre, c'est surtout le rapport à l'éloquence, au rythme de la voix, aux intonations", affirme le metteur en scène.

Le personnage de François Mitterrand, atteint d'un cancer, médite longuement, à voix haute, sur la vie, la mort, l'Histoire, sur l'écriture, opposée à l'action qu'a choisie de privilégier l'homme politique. Parfois il tombe, saisi de douleurs insupportables, et reste allongé au sol, tel un gisant. Car l'ancien président a refusé d'être traité à la morphine, de crainte de ne plus être lui-même. "Je souffre abominablement même quand je ris", dit-il.

Les principaux événements qui ont marqué la fin de sa présidence sont mis en scène, seuls cinq acteurs jouent 32 personnages, la plupart des personnalités politiques comme Robert Badinter, Jack Lang, Bernard Kouchner, Pierre Bérégovoy.

Pour Olivier Py, "l'important c'est que le public identifie le personnage, non pas qu'il soit pris dans l'illusion mimétique". Pourtant l'identification est parfois peu aisée et les grands moments qui ont agité la scène politique rendus de manière très condensée.

Chacun expose alors ses arguments comme lors du conflit de 1995 en Bosnie ou des massacres au Rwanda en 1994 pour lesquels était soulevée la question du "droit" et du "devoir" d'ingérence.

"J'ai dû réinventer des dialogues qui synthétisaient les grands événements historiques, explique Olivier Py. Mais, dit-il, j'ai tenu à garder dans les sujets polémiques une forme très dialectique pour qu'on entende bien les arguments pour et les arguments contre".

"Je pense que ce n'est pas à moi de trancher", estime-t-il.

"J'ai essayé de comprendre aussi comment le fait de se savoir mourant avait influé sur les décisions politiques de Mitterrand et l'avait conduit à être comme chez Shakespeare, un roi qui pense.

Une fois la présidence de François Mitterrand achevée, le décor se modifie pour ne plus représenter qu'un vaste escalier en perspective, qui se rétrécit et débouche sur un petit carré noir tandis que, seul en scène, le personnage de l'ancien président, tout entier dans "le Verbe", offre ses dernières confidences et méditations, avant de s'écrouler.