Libye: dernière tentative de la France pour une action militaire

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La France a lancé mercredi une tentative de la dernière chance pour arracher au Conseil de sécurité de l'ONU un accord pour une action militaire en Libye qui stopperait l'avancée des troupes de Mouammar Kadhafi, sur le point de reconquérir Benghazi, fief de la rébellion.

"La France appelle solennellement tous les membres du Conseil de sécurité à prendre pleinement leurs responsabilités" et à soutenir l'appel de la Ligue arabe à l'imposition d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye, a écrit le président Nicolas Sarkozy dans une lettre à chacun d'entre eux.

"Le temps joue contre nous, il est urgent" d'agir, a affirmé de son côté au Caire la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, jusqu'ici extrêmement prudente sur toute intervention en Libye.

"Différentes actions sont considérées. Il y a la zone d'exclusion aérienne, mais d'autres options existent afin de protéger les citoyens libyens de leur dirigeant qui semble déterminé à revenir en arrière et à tuer autant (de Libyens) que possible", a-t-elle dit, ajoutant qu'un vote pourrait avoir lieu dès jeudi.

La France, très en pointe sur le dossier libyen, s'appuie sur un soutien des pays arabes pour essayer de convaincre le Conseil de sécurité, alors que plusieurs de ses membres, Chine, Russie et Allemagne en tête, ont exprimé des réserves ou de l'opposition à tout acte de guerre.

La Ligue arabe s'était prononcée samedi en faveur d'une zone d'exclusion tout en rejetant les ingérences. Mercredi, le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a assuré que les pays arabes étaient prêts non seulement à soutenir une intervention autorisée par l'ONU, mais aussi à y participer.

Paris maintient l'ambiguïté sur le type d'intervention militaire qu'il faudrait lancer pour freiner ou stopper la progression des troupes loyales au colonel Kadhafi.

Il y a la zone d'exclusion aérienne, c'est-à-dire l'interdiction de tout ou partie de l'espace aérien libyen aux avions ou hélicoptères militaires. Mais la France affiche surtout désormais sa préférence pour des frappes aériennes ciblées destinées à affaiblir le potentiel militaire du dirigeant libyen.

"Nous pouv(i)ons neutraliser ses moyens aériens par des frappes ciblées. C’est ce que la France et la Grande-Bretagne proposent depuis deux semaines", a expliqué mercredi Alain Juppé sur son blog.

"A deux conditions: obtenir un mandat du Conseil de sécurité des Nations unies, seule source de droit international en matière d’usage de la force; agir non seulement avec le soutien mais aussi la participation effective de pays arabes. Cette deuxième condition est en voie d’être remplie: plusieurs pays arabes nous ont assuré qu’ils participeraient", a-t-il ajouté.

La France n'a pas précisé quels pays arabes seraient prêts à s'associer à de telles opérations militaires. Nicolas Sarkozy a précisé que le Liban avait diffusé à New York un projet de résolution pour répondre à l'appel de la Ligue arabe qui, en fait, a été rédigé avec la France et la Grande-Bretagne.

La veille, lors d'une réunion du G8 ainsi qu'à l'ONU, plusieurs pays avaient affiché leur opposition à tout usage de la force en Libye. Et un consensus s'était forgé autour de sanctions renforcées contre le régime de Mouammar Kadhafi.

"Nous ne voulons et ne pouvons pas devenir partie prenante à une guerre civile en Afrique du Nord", a déclaré mercredi le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle devant le Bundestag (chambre basse du Parlement).

"La communauté internationale ne veut pas et ne doit pas faire la guerre" en Libye, a affirmé de son côté son homologue italien Franco Frattini.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a appelé "toutes les parties" impliquées en Libye à "accepter un cessez-le-feu immédiat".