Japon: La France se fait plus alarmiste sur le risque nucléaire

SÉCURITÉ gouvernement n’a plus peur de comparer la situation à la centrale de Fukushima au Japon avec Tchernobyl...

M. P. avec Reuters

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Nathalie Kosciusko-Morizet, la ministre de l'Ecologie répond aux questions des journalistes dans la cour de l'Elysée, le 16 mars 2011.
Nathalie Kosciusko-Morizet, la ministre de l'Ecologie répond aux questions des journalistes dans la cour de l'Elysée, le 16 mars 2011. — E. FEFERBERG / AFP

À mesure que la situation autour de la centrale de Fukushima se dégrade, le gouvernement français abandonne toute précaution oratoire et reconnaît la gravité d'une catastrophe potentiellement pire que celle de Tchernobyl en 1986. Accusé dans un premier temps par l'opposition de tenir un «discours lénifiant» et de sous-évaluer le danger, les ministres ont changé de ton ce mercredi, après les accidents en série sur la centrale Fukushima 1.

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«Dans le pire des scénarios, l'impact sera supérieur à Tchernobyl», n’a pas hésité à dire François Baroin, le porte-parole du gouvernement. «C'est une hypothèse qu'on ne peut pas écarter aujourd'hui». Après avoir parlé de «risque de catastrophe majeure», la ministre de l'Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, a évoqué dans la cour de l'Élysée «le scénario du pire», qui «est possible et même probable» en raison des dégâts sur les réacteurs nucléaires consécutifs au séisme et au tsunami de vendredi dernier au Japon.

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Les incidents en série dans cette centrale peuvent «amener à relarguer dans l'environnement des niveaux de radioactivité très supérieurs à la normale et très supérieurs à ce qui s'est fait dans les premiers jours de l'accident», a-t-elle estimé. Plus tôt dans la matinée, elle avait déclaré sur i Télé: «Le terme de catastrophe, je l'assume».

«De plus en plus difficile d'obtenir des informations fiables»

L’inquiétude est grande, d’autant que les informations en provenance du Japon ne sont pas toujours claires. Selon Marie-Pierre Comets, commissaire à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), «la situation est confuse» à Fukushima. «Elle n'évolue pas favorablement (...) il est de plus en plus difficile d'obtenir des informations fiables» en provenance du Japon, a-t-elle dit lors d'une conférence de presse à Paris. Pour autant, la France n’a pas pris la décision d’évacuer ses ressortissants, se contentant de faciliter le retour des Français au Japon, avec une augmentation des vols en direction du Japon.  L'heure est grave, cependant, a reconnu mardi le ministre de l'Énergie, Éric Besson, avant une réunion interministérielle à Matignon sur la menace nucléaire au Japon.

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Pas de débat national

Pour Éric Besson, les propos de la France dans les premiers jours s'expliquent par les informations dont elle disposait en provenance du Japon qui a désormais, selon lui, «perdu visiblement l'essentiel de la maîtrise» de la situation. «L'analyse a été convergente pendant les trois premiers jours», a relevé le ministre de l’Énergie sur RMC. «C'est hier (mardi) qu'elle a divergé quand l'autorité de sûreté nationale française a classé l'accident au niveau 6 sur une échelle qui en compte 7, alors que les Japonais l'ont maintenu au niveau 4», a-t-il ajouté.  «Ils estiment pouvoir encore intervenir sur les centrales, alors qu'une partie des autorités dans le monde pensent qu'ils ont déjà atteint (...) l'accident majeur, l'accident très grave», a-t-il ajouté.

Malgré ces éléments, le gouvernement n’est pas prêt à lancer un débat national sur le nucléaire, au grand dam des écologistes. Nicolas Sarkozy, en conseil des ministres, a réaffirmé la «pertinence» du choix de l’énergie nucléaire en France, un «élément essentiel» de son indépendance énergétique. Il a également souligné «l'excellence» du dispositif de sûreté du parc nucléaire français.