Nicolas Sarkozy vu de l'intérieur

POLITIQUE Deux journalistes racontent leurs conversations avec l'actuel chef de l'Etat...

Mathieu Goar
— 
La couverture du livre des journalistes de «Marianne» sur Nicolas Sarkozy, paru le 9 mars 2011 aux éditions Fayard.
La couverture du livre des journalistes de «Marianne» sur Nicolas Sarkozy, paru le 9 mars 2011 aux éditions Fayard. — EDITIONS FAYARD

Voilà sans doute un des livres les plus éclairants sur Nicolas Sarkozy. En racontant leur rapport avec l’animal politique dans Off:ce que Nicolas Sarkozy n’aurait jamais dû nous dire (Ed. Fayard), qui paraît ce mercredi, Maurice Szafran et Nicolas Domenach, du magazine Marianne, ne s’interrogent pas seulement sur leur fonction («Nous faisons un métier de cambrioleurs de sens et d’âmes») mais dessinent aussi en creux la biographie de l’enfant de Neuilly.

Le petit («le nabot», dira plus tard Villepin) qui partait à l’assaut de son grand frère Guillaume, avant de se faire massacrer. Et d'y retourner. «Il y en a qui vont attraper un torticolis à force de me voir rebondir», glisse quelques années plus tard Nicolas Sarkozy à l’un des auteurs.

«Je suis comme Johnny»

Les rebonds l’ont depuis amené tout en haut. Mais Sarkozy, son amour pour les cigares qu’il n’offre jamais et pour Hallyday («Je suis comme Johnny, je sue comme un boeuf sur scène»), n’a pas fondamentalement changé. La tornade ne s’arrête jamais, avale les défaites (Européennes de 1999) et balaye les humiliations (le crachat d’un militant après son passage chez Balladur en 1995). Le prédateur sent les campagnes mieux que personne, comme à l’automne 2006: «Je n’ai pas besoin de taper sur Ségolène, ses amis s’en chargeront très bien.»

L’enfant de la télé, lui, croque les journalistes et «bisoute» à tour de bras. «Il touche son interlocuteur, il le palpe lui appuie sur les côtes, le prend par les épaules. Quand il vous parle, il ne fait pas semblant. Il vous attrape avec ses mots. Il vous brutalise, puis vous cajole, c’est toujours physique», décryptent les auteurs qui le fréquentent depuis vingt-cinq ans et témoignent aujourd’hui de scènes sidérantes, «écartées [à l’époque] par respect ou convention».

Torse nu dans les jardins de la Place Beauvau

Des scènes violentes. Comme dans le bureau de Martin Bouygues où les deux journalistes se font traiter «de beaux enculés» travaillant dans la «presse fasciste d’avant-guerre» et Chirac «de vieux con» avant que la furie se calme et lâche: «Ça m’a fait du bien.» Des scènes intimes où l’homme expose ses failles. Après le premier départ de Cécilia, le ministre de l’Intérieur reçoit dans les jardins de la Place Beauvau, torse nu, en écoutant Michel Delpech sur Nostalgie et en buvant du Coca Light. «On est entre potes.»

Quelques semaines plus tard, il rappelle, l’air de rien, pour glisser  au téléphone: «Cécilia est à côté de moi.» Sarkozy a de toute façon  trop imbriqué les médias à sa vie pour prétendre au secret. Attentif, il est le seul homme politique à adresser un message de condoléances à l’un des auteurs et ne peut s’empêcher de lui glisser: «Dans le milieu de la politique, ce sont tous des ploucs. (…)  Mais je suis quasiment une exception.» «Dommage, parce que la bonne réaction, il l’avait trouvée d’instinct. (…). Sarkozy ou l’homme qui ne sait pas s’arrêter», conclut l’un des auteurs.