Le FN grimpe, la droite s'agite et s'inquiète pour 2012

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A quatorze mois de la présidentielle, la forte progression de Marine Le Pen dans les sondages cause des sueurs froides dans les rangs de la majorité, où se multiplient les appels désordonnés à un virage politique ou à l'union sacrée autour du président Nicolas Sarkozy.

"Un sérieux coup de semonce", résume un député de droite. "C'est panique à bord", s'amuse un de ses collègues. La publication d'une enquête qui place, pour la première fois, la présidente du Front national en tête des intentions de vote au premier tour du scrutin de 2012 a fait l'effet d'un électrochoc parmi les partisans du chef de l'Etat.

Officiellement, pas question de s'affoler. "Eléments de langage" en main, ministres et responsables de l'UMP répètent qu'un sondage "biaisé" ne fait pas le printemps électoral et que, non !, le débat controversé sur l'islam et la laïcité n'a pas servi de marchepied à l'extrême droite.

N'empêche ! Marine Le Pen a le vent en poupe, la droite s'inquiète et les appels au rassemblement se multiplient. Pour éviter un "21 avril à l'envers" et une finale PS-FN en 2012, Nicolas Sarkozy doit être le seul candidat de la majorité au premier tour.

Première urgence, ramener Dominique de Villepin au bercail de l'UMP. Après son ancienne porte-parole passée au gouvernement, Marie-Anne Montchamp, le chiraquien François Baroin a estimé que l'ex-Premier ministre devait "retrouver sa place" dans la majorité "le plus vite possible".

Après leurs retrouvailles il y a dix jours, le petit-déjeuner qui a réuni lundi matin à l'Elysée Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin, officiellement pour parler de la situation en Libye, est ainsi apparu comme un nouveau clin d'oeil du chef de l'Etat à son éternel rival.

D'autant que c'est l'entourage du président qui a livré l'information. "Ils sont à la rue", raille un proche de Villepin, insistant sur leur désarroi.

Egalement dans le collimateur des stratèges de l'Elysée, les velléités de candidature des centristes Hervé Morin et Jean-Louis Borloo. "Elles peuvent être lourdes de conséquences", relève l'ex-porte-parole de l'UMP Dominique Paillé. "Il faut que le président s'applique à ne plus cliver", tranche-t-il, "cliver, c'est désunir et surtout angoisser".

En cause, ses déclarations jugées "anxiogènes" sur les "flux migratoires" potentiellement "incontrôlables" en provenance des pays arabes, son insistance à rappeler les "racines chrétiennes" de la France et, surtout, le fameux et très controversé débat sur la place de l'islam.

Pour éviter la défaite, l'aile centriste de la majorité, comme Dominique de Villepin, appelle aujourd'hui de ses voeux un virage social.

"Si l'UMP intègre les idées radicales, centristes, humanistes progressistes, ni Jean-Louis Borloo, ni Hervé Morin, ni tous les autres n'auront besoin de se présenter", a estimé l'ex-secrétaire d'Etat radicale Rama Yade, "il faut que la majorité marche sur ses deux jambes".

La droite du parti présidentiel, elle aussi, souhaite un changement de politique. "Nous payons le prix de nos risettes à gauche, se désole le député du Nord, Christian Vanneste. Plutôt que de supprimer le bouclier fiscal ou l'impôt sur la fortune, il faut aller à l'essentiel, l'emploi, la sécurité et l'immigration, et obtenir enfin des résultats".

La querelle stratégique fait rage au sein de la majorité et donne du grain à moudre à ceux qui, de plus en plus nombreux, susurrent que Nicolas Sarkozy n'est déjà plus leur meilleur candidat.

"Se rassembler autour du président n'a plus guère de sens, tranche le député villepiniste Jean-Pierre Grand. Depuis quatre ans, Dominique de Villepin multiplie les mises en garde au gouvernement. Aujourd'hui, lui seul peut encore sauver la droite".